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Naruse nous a habitués à ces femmes au "coeur fidèle", à ces "épouses" dévouées mais faut reconnaître qu'Anzukko/Kyoko (Kyôko Kagawa et son petit minois) remporte la palme. Une telle abnégation à vouloir croire encore et encore en son couple, en son mari, cela finit presque par être du vice... On se demande en effet si ce sens du "sacrifice féminin" n'est finalement pas un peu too much, d'autant que l'homme qui en bénéficie n'est pas vraiment du genre à apprécier une telle compagne, beaucoup plus persuadé de sa valeur intrinsèque que de la bonté de sa femme...

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Anzukko, au lendemain de la guerre, est une jeune fille à la peau de pêche, et ses parents reçoivent, dans les lointains faubourgs de Tokyo, la visite de nombre de soupirants. A chaque fois, Anzukko leur sacrifie une petite ballade en vélo jusqu'au lac du coin, mais les types, terriblement maladroits, ont plus droit à des critiques de la chtite Anzukko qui n'a pas la langue dans sa poche, le soir venu, avec ses parents et son frère, qu'à la bénédiction de la reine des abricots. Son père, écrivain qui digère sa carrière, a pour sa fille un oeil bienveillant et laisse à cette dernière toute liberté de choix. Un prétendant, un jour, se distingue des autres, mais l'un des soupirants silencieux d'Anzukko, Ryokichi, un jeune homme qu'elle croise tous les jours (il s'occupe avec ses parents de la librairire du coin) va oser voir son père : il annonce à ce dernier que ce prétendant-là n'a po fait des choses jolies-jolies pendant la guerre et en profite pour demander la main de la donzelle... Il ne manque pas de culot, le bougre, mais Anzukko finit par se dire que "qui ne tente rien n'a rien" et met au banc d'essai celui qui devient son premier mari... Les choses s'annoncent sous les meilleures auspices.

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Malheureusement, rapidement, on se rend compte que le Ryo n'est pas le garçon si gentillet dont il avait l'air : il commence par changer de boulots fréquemment, se met à picoler sans trop de modération et surtout se met martel en tête de devenir un écrivain. Il sait qu'il n'a pas choisi la facilité, tentant qui plus est de tracer sa voie à l'ombre de celle de son beau-père. Mais Anzukko est prête à le soutenir malgré la période de vaches maigres qui s'annonce... Le vrai gros problème, on s'en rend vite compte, c'est que Ryo a tout de l'artiste maudit au niveau des excès : alcoolo, égoïste, colérique, jaloux du succès des autres (la figure du beau-père, surtout) et surtout pire... n'a semble-t-il rien d'un artiste. Ses manuscrits sont rejetés les uns après les autres, mais cela n'en rend l'attachement d'Anzukko que plus beau me direz-vous (c'est vrai, c'est plus facile de rester auprès d'un vrai artiste, finalement)... Seulement, c'est bien beau de gérer une crise, trois-cent-douze c'est un peu plus rude. Anzukko vient à chaque fois recharger ses batteries auprès de ses parents, son père continuant de faire confiance au jugement de sa fille, sachant, par expérience, que la vie de couple (notamment avec un écrivain) n'est jamais chose évidente. Anzukko de même se rassure en se disant que son frère marié à une jeune fille ultra mimi doit aussi connaître son lot de disputes. Le seul problème c'est que les discussions entre elle et son mari tournent de plus en plus rapidement au vitriol, que le Ryo se fait de plus en plus violent (de la baffe au ravage du jardin de beau-papa) et que le bout du tunnel semble bien bien loin... Mais quand on aime, on compte pas, mouais.

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On plaint cette pauvre Anzukko, surtout lorsque l'on voit la plénitude et la sérénité regagner son visage chaque fois qu'elle revient chez papa-maman - la complicité avec son père étant parfaite (au grand dam de Ryo, forcément, qui a du mal à s'insérer dans cet amour et ce respect père-fille)... La petite musique légère au piano, écho de sa jeunesse, qui souligne chacun de ses retours, tranche résolument avec les vacheries que le couple se lance entre leurs quatre murs. L'amour est aveugle, certes, mais là cela devient un vrai sacerdoce, comme écouter l'intégrale de Gilbert Montagné sans broncher, si on veut un point de comparaion, voyez. Faut-il voir en ce personnage de Ryo des réminiscences de Naruse jeune, qui a dû lui-même traverser l'enfer avant de connaître le succès ? Peut-être, n'empêche qu'on en arrive surtout à plaindre notre pauvre petit bout d'abricot que Ryo use jusqu'au noyau pour faire son trou (qu'il soit artiste, même en herbe, n'excuse po tout...). Il y aurait presque une certaine complaisance dans ce sacrifice; si Naruse rend hommage à cette fidélité contre vents et marées, on en arriverait presque, en effet, à souhaiter un peu plus de rébellion féminine... (d'autant que si amour il y a dans le couple, il finit par être, ici, de plus en plus enfoui...).  Coincée entre l'amour et la haine, l'image d'un passé confortable et l'agitation de sa présente condition, Anzukko marche malgré tout vaillamment sur son chemin de croix, semblant vouloir assumer jusqu'au bout sa condition féminine (mouais), et humaine (ah ben, dans ce cas-là, on ne peut guère discuter). Pêchu et abricotu même. 

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