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Bon, faut reconnaître que le gars Xavier Dolan, du haut de ses dix-neuf ans, fait péter un petit coup de fraîcheur cinématographique qui fait toujours du bien là où ça passe. Même si on ne peut s'empêcher de penser dès le départ au coloré Tarnation de Caouette - jeune ado, homo, adepte de vidéo qui éructe sa colère -, rapidement on se rend bien compte qu'il s'agit du jour et la nuit, visuellement parlant - les cadres de Dolan sont bien sages et bien propres - mais aussi dans tout le côté véritable "écorché vif" : même si le Xavier passe son temps à pousser des petites gueulantes contre sa mère, on ne peut pas dire pour autant qu'au niveau psychologique on pénètre dans des profondeurs abyssales : il ne demeure ni plus ni moins qu'un ado en colère, qui peut d'ailleurs avoir ses petites "faiblesses" de douceur, face à une mère ayant plutôt tendance à mettre de l'huile sur le feu qu'à chercher à domestiquer sa progéniture très énervée... Au bout du compte, on aura d'ailleurs pas appris grand-chose sur ces deux personnages un peu butés qui foncent l'un sur l'autre comme dans un mur, prenant une sorte de plaisir malsain à se faire parfois bouler (le mur résiste, clair). Bon.

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Et pourtant, malgré ces évidentes faiblesses, Dolan réussit son coup : le film est constamment drôle (bon, c'est vrai que j'ai un gros faible pour l'accent quèbékouâ et que cela provoque en moi un rire bêtement nerveux - ou nerveusement bête) notamment dans les joutes verbales entre nos deux pires ennemis : les mots fusent, les insultes volent, la violence des mots leur explose constamment à la gueule, et ils sembleraient presque s'en "pourlécher"... Malgré les petits instants de calme où notre Xavier sait faire preuve d'un poil de tendresse filiale (surtout quand il est complètement shooté, certes), l'affrontement entre nos deux clients est quand même du grand spectacle... Ils n'ont de cesse de se chercher, de préparer de petits coups vicieux l'un pour l'autre, et cette haine radicale en deviendrait presque touchante par ce côté systématique. Notre Xavier en fera les frais le premier puisqu'il se retrouvera exilé dans un pensionnat, avant de fuguer...

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Le gamin Xavier séduit par sa verve, son petit air rebelle indécrottable, mais se caractérise également par sa grande difficulté à réellement communiquer avec son entourage (un peu coincé dans sa bulle, le type): incapable de vraiment capter les petites attentions de sa prof, se laissant séduire par le premier venu au pensionnat, il a bien du mal à vraiment savoir ce qu'il veut et contre quoi il se bat. D'ailleurs, après la scène de baston au pensionnat, on pourrait presque croire qu'il se complaît dans son petit rôle d'éternelle victime - son petit copain, Antonin, finira d'ailleurs par enfoncer le clou à ce sujet... Une petite crise d'adolescence en quelque sorte bien banale, exprimée dans un déluge verbal... Ce n'est pas forcément ultra fouillé au niveau du fond, mais ça décape malgré tout par sa constante énergie. Au niveau formel, connaissant le jeune âge du réalisateur, difficile de ne pas être bluffé par une telle maîtrise. Même si le film ne respire pas une totale originalité (le petit coup de violon inthemoodforlovesque sur une image au ralenti, les petites références picturo-poético-musicales qui ne vont jamais bien loin), le Xavier a su malgré tout aller jusqu'au bout de son projet et livre une oeuvre relativement décoiffante. Un personnage peut-être un peu tête-à-claque mais qui nous met une petite baffe par sa juvénile audace. A suivre donc.