Rire de toutes ses dents (Usmiech zebiczny) (1957)

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En un peu plus d'une minute, Polanski parvient à nous tenir en haleine (fraîche): un voyeur qui mate les seins d'une femme à travers une grille et dont le petit sourire satisfait pourrait refléter celui du spectateur satisfait de cette vue volée plongeante sur cette poitrine exhibée. Second coup d'oeil du voyeur et cette fois-ci, on a droit au sourire "Colgate" crispé du maître de/metteur en scène maison : tout l'humour pince sans rire, sauce Polanski, dans une assiette. Un joli noir et blanc en prime qui ne gâche rien.

Cassons le Bal (Rozbijemy zabawe) (1957)

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Une petite fête entre amis BCBG et des jeunes loups qui restent derrière les grilles : l'impossibilité de goûter au fruit défendu (l'organisateur lunetteux de la soirée embrassant goulument pendant ce temps-là son oie blanche avec un joli jet d'eau au premier plan assez suggestif) les fera escalader la grille. Si les plans lors de la teuf sont assez bien rythmés et plus ou moins en phase avec la musique, la séquence de combat part un peu dans tous les sens et le montage est beaucoup moins réussi - on dirait plus un ersatz de chamaillerie un peu cartoonesque qu'un vrai règlement de compte. Bon voilà, po grand chose d'autre à noter si ce n'est de souligner que le scénario repose uniquement sur cette petite pointe de frustration qui dégénère... Un Polanski rebelle without a cause?

Meurtre (Moderstwo) (1957)

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A peine une minute, trois plans partant chacun d'un gros plan (la poignée de la porte, le canif, le bras ensanglanté) avec un léger mouvement de caméra à chaque fois (l'entrée de l'homme, le meurtre, le cadavre et la sortie de l'homme) pour finir à nouveau sur la poignée de porte (la boucle est bouclée): sobre, efficace, troublant, point de doute sur le fait que notre Roman est un vrai styliste.

Deux Hommes et une Armoire (Dwaj ludzie z szafa) (1958)

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Deux hommes qui sortent de l'océan avec une armoire à glace, c'est clair qu'il y a dès le départ un petit côté surréaliste sympathique. Ensuite, on se rend bien compte que l'armoire à glace n'est pas ce qu'il y a de plus pratique de nos jours pour entrer dans un bus, un resto ou un hôtel, voire pour draguer (un peu comme si on affichait son (gros) passeport étranger, mouarf), c'est tout au plus fonctionnel (au moins deux personnes se servent de la glace) mais cela finit surtout par attirer les ennuis - une bande de jeunes cons (forcément, ils assomment à moitié un petit chat noir avec une pierre, c'est po le genre de truc qui me fait marrer) à laquelle le jeune Polanski - 12 ans - va filer une raclée. On est entre le burlesque - la mini baston - et également l'illustration d'une société guère recommandable (le vol de portefeuille, le type qui se fait fracasser la tête au bord de la rivière). Il y a quelques cadres pas piqués des hannetons (notamment les deux ci-dessus), ensuite pour l'interprétation, chacun peut bien mettre ce qu'il veut dans cette armoire...   

La Lampe (Lampa) (1959)

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Un magasin de poupées qui brûlent... Bien. On pourrait être un peu pervers (enfin, c'est peut-être pas le mot non plus, pour le coup) à vouloir voir dans le vieux monsieur qui tripote des baigneurs un miroir des obsessions de notre gars Roman. Pas facile non plus de vraiment savoir ce qu'il voudrait signifier ici : certes le feu (provoqué par une boîte à fusible qui a toutes les allures d'un monstre) ravage le magasin et réduit en cendre ses occupants alors que, dehors, la vie continue, comme si de rien n'était : cela pourrait évoquer éventuellement d'autres temps bien sombres mais pas forcément, vu que tout semble arriver de façon purement accidentelle... Bref, à chacun de se faire une idée de la chose... Un mix sonore assez intéressant, notamment lorsque le cinéaste panote sur ces poupées chuchotantes : on a véritablement l'impression (avec, en plus, le jeu des ombres) qu'elles reprennent leur petite vie, dès que leur réparateur/créateur a tourné le dos. Bref, un exercice de style, apparemment renié par Polanski himself, mais qui démontre malgré tout, une nouvelle fois, son grand soin apporté à chaque cadre et au choix des lumières. 

Quand les Anges tombent (Gdy spadaja anioly) (1959)

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Les réminiscences d'une dame pipi qui voit défiler toute sa vie ainsi que celle de son fils tué à la guerre. A force de ressasser à longueur de journée le passé, celui-ci va finir par ressusciter lors d'un final qui n'aurait po déplu au gars Wenders. Alternance d'images grisâtres dans ces toilettes où défilent toutes sortes de gens et de flashs-back joliment colorés. Toujours le même sens impeccable du cadre (les photos ci-dessus pour le prouver) mais également un petit peu d'esbroufe dans ces scènes de soldats sanglants : le jeune Polanski semble vouloir épater un peu la galerie avec ces séquences de guéguerre. Joli sens du tempo malgré tout et des petites vignettes muettes très soignées qui font leur effet (le jeune soldat qui prend possession de la vieille dame au temps de sa belle jeunesse, la vieille dame, auparavant femme de ménage, qui se retrouve à trimer dans ce mini appart couvert, en partie, d'une flaque sanguine...): un condensé de toute une vie en vingt minutes ingénieusement agencées.

Le Gros et le Maigre (1961)

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Polanski se busterkeatonise - superbe foulée du serviteur -, se samuelbeckettise - elle est po bonne cte ptite carotte ? -, se chèvredeseguinise, se muppetshowise - un numéro de grand n'importe quoi à la batterie absolument fabuleux... Plus cireur de pompe que notre pauvre Polanski tout maig' envers ce gros type affalé sur son rocking chair (une image du pouvoir communiste totalitaire, rooooh, ahhhh ?), point ne peut se faire :  il lui fait à bouffer, le rase, se coupe en huit pour le distraire - instruments de musique divers, danses folkloriques fendardes, lui apporte un jolie petite poterie pour pisser... Notre Polanski rêve d'escapade en apercevant tout là-bas au loin la Tour Eiffel - viens petit homme dans nos belles démocraties, tu seras libre... (...) - mais le gros finit par le coupler à une chèvre (point de misogynie, please) pour lui couper toute envie d'évasion. Las, notre Polanski décidera de cultiver sur place son jardin, à défaut de pouvoir espérer s'échapper un jour. Toujours un fabuleux sens du rythme, une grande diversité dans les prises de vue et une petite musique jazzy qui emballe le tout. Polanski a définitivement trouvé ses marques.    

Les Mammifères (Ssaki) (1962)

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Un vrai couple beckettien qui n'attend point Godot mais qui joue en mouvement l'éternel jeu du mammifère humain : lequel parviendra le plus à se faire servir par l'autre. Nos deux gaziers redoublent d'ingéniosité pour ne pas avoir à tirer la luge : c'est à celui qui paraîtra le plus blessé, le plus handicapé (l'un finissant carrément par jouer à l'aveugle - presque un clin d'oeil julesetjimesque...). Munis peu à peu de bandelettes, leurs corps tendent à disparaître sur le fond neigeux - il est presque dommage que l'idée ne soit point poussée à bout (seul l'un des deux devient quasiment imperceptible) pour atteindre une quintessence beckettienne. Finalement les deux hommes se battent comme des chiffonniers, font la paix puis recommencent leur petit jeu à l'infini : l'un commence par porter son compère sur le dos avant de rapidement chercher à être à sa place... Belle pantomime toute en nervosité même si la petite idée de départ tourne rapidement en rond...