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Un film-installation intéressant de la part d'un Wenders conceptuel et qu'on sent un peu perdu. Pour s'interroger sur l'avenir du cinéma et ses rapports avec la télé, la gars choisit un procédé simple : un plan fixe sur une chambre, télé allumée, magnéto disposé sur une table basse, un ou deux fauteuils. Défile devant l'objectif la fine fleur des réalisateurs, tous confrontés à la question fatale (quel est l'avenir du cinéma ?) et livrés à eux-mêmes dans cet endroit quasi-abstrait. Ce ne sont pas vraiment les réponses à la question qui intéressent : elles ne donnent finalement pas grand-chose, chacun essayant de tirer quelques pensées fulgurantes de sa pensée sans vraiment arriver à produire des réflexions vraiment novatrices. On a droit aux inquiets, qui pensent que le cinéma est mort, aux confiants, qui pensent que tout est histoire d'adaptation, à ceux qui s'en tapent (c'est visiblement le cas de Fassbinder ou de Simsolo, qui bottent en touche avec mauvaise humeur) et à ceux qui ne comprennet même pas le propos (Mike de Leon, efrayé) ; on s'attendait à ce genre de pensées, guère novatrices, guère fulgurantes. A l'exception de Godard, qui nous sert comme à son ordinaire de fulgurantes formules sybillines dont il a le secret ("aujourd'hui, on préfère regarder une petite image tout près plutôt qu'une grande image très loin" ; "le cinéma, c'est l'incroyable, ce qui est invisible"...), et joue pleinement le jeu du cadre fixe et de la réflexion, et à celle de Spielberg, qui joue son rôle de financier du cinéma en parlant gros sous, on cherchera en vain de vraies pistes de questionnement dans ces discours.

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Mais malgré ça, et presque à l'instar de Wenders, le film est très réussi. C'est grâce au dispositif lui-même, à cette mise en scène dissimulée qui fait que, abandonné dans un lieu sans personne à qui parler, les cinéastes se sentent en représentation, et donc se sentent obligés d'agir. Dans leur simple comportement se dessinent des caractères, et Wenders touche là à la vérité des personnalités filmées. Herzog qui éteint la télé et enlève ses chaussures, Goupil qui fait les 100 pas, Monte Hellman avachi dans un fauteuil, et surtout, le plus beau passage, Antonioni qui parle devant une image arrêtée à la télé et se détourne d'elle pour aller vers la fenêtre de la chambre et regarder la vie, tout ça parle beaucoup plus clairement que les discours sérieux de ces messieurs-dames. Jusqu'à Yilmaz Güney, dont on connaît le destin, véritable absence-présence magnifiquement amenée par Wenders grâce à sa seule voix. Le défilé de grandes pointures du cinoche force le respect, mais c'est finalement plus par ces petits détails profondément humains que Chambre 666 touche, par ce qu'ils dévoilent de ces gens et de leur rapport à l'image.