vlcsnap_2009_12_07_16h48m27s48Belle surprise que ce tout petit film belge, qui arrive à pallier son manque évident de moyens par une audace assez culottée. Thomas est Amoureux raconte la vie quotidienne d'un agoraphobe qui n'a pas quitté son appartement depuis des années. Comme seuls liens sociaux, il n'a que son écran d'ordinateur, branché sur le monde extérieur : son psy, son assureur, le type qui lui apporte ses courses, sa mère, apparaissent dans de froids cadres de webcam, tout comme ses relations plus "intimes" : des femmes d'un club de rencontres, une créature de cyber-sex, et bientôt Eva, prostituée qui va chambouler cette vie de cloîtré.

On ne donne pas cher de la peau de Renders dans les premières minutes du film ; on se dit qu'il ne tiendra jamais son pari, qu'il n'arrivera pas à fabriquer 90 minutes en ne démordant jamais de son système : on ne voit pas le héros, Thomas, on ne voit que ses interlocuteurs, regards vissés sur la caméra, cadres fixes et fonctionnels. Et pourtant, le film tient vlcsnap_2009_12_07_16h01m32s54miraculeusement sur la longueur, est même souvent passionnant par les variations que Renders arrive à trouver dans ce dispositif rigoriste. Loin d'être seulement un film de petit malin fan de technologies, Thomas est Amoureux devient un véritable objet de cinéma, une quasi-réflexion sur le devenir d'un monde "tout en images" préparé par l'informatique d'aujourd'hui. Renders ôte à son film toute tendance à la mise en scène, retrouvant quelque chose de l'éternelle interrogation sur l'objectivité possible du cinéma. Le découpage, c'est-à-dire la succession des personnages qui traversent le champ de vision de Thomas (qui est le même que le nôtre), suffit seul à la trame ; la caméra, privée de mouvements (à moins que le personnage la déplace lui-même) nous montre l'éternel plan large : à nous de faire notre propre point à l'intérieur du cadre. Le cyber-monde créé ici est parfaitement crédible, un monde privé d'affect et de personnalité, mais qui en devient une énorme banque de données sexuelles, sentimentales et psychologiques dont nous serions les seuls maîtres. Seule exception à la règle : l'une des conquêtes de Thomas envoie soudain "on line" 3 poèmes visuels, et là, ce cadre objectif soigneusement mis en place éclate sous les coups de la personnalité, du cinéma expérimental, du discours à la première personne.

vlcsnap_2009_12_07_16h56m19s161Bon, n'allez pas croire au chef-d'oeuvre pour autant : Thomas est Amoureux est bourré de défauts et séduit plus par ses intentions que par son résultat. Interprétation floue (ils ont dû tourner les images puis ajouter les réactions de Thomas par la suite, parce qu'on a la pénible impression que "ça ne joue pas ensemble"), psychologie à 2 euros, esthétique souvent kitsch, tentatives de science-fiction ridicules (les tatouages identitaires qui apparaissent sur les visages, beuark), costumes immondes (la tenue de "cyber-sex" est impayable, on est loin du grand film. Mais tout de même : il y a derrière tout ça une indéniable personnalité, et un regard (involontairement ?) intelligent sur les rapports humains et sur le cinéma. Content, donc.