25 novembre 2009

Antichrist de Lars Von Trier - 2009

19098071_w434_h_q80C'est sûr qu'on ne peut pas aller faire un tour dans la tête de Lars Von Trier et en ressortir immaculé. Antichrist est le film inconfortable par excellence, qui ne fait absolument rien pour se faire aimer, qui met même son point d'honneur à être repoussant. Une fois de plus, le bon Lars nous montre son cul et jubile à chaque cri d'orfraie de son spectateur ; une fois de plus, il nous manipule en génie, utilisant le cinéma dans son aspect le plus vil (la propagande) ; une fois de plus, il choisit le mauvais goût contre le consensus, les cris de haine contre l'admiration. Rien que pour ça, il a droit à tout mon respect.

Le film est réellement provocateur, non pas tant à cause des scènes ultra-violentes ou pornographiques, mais à cause de ce mystère pénible qui hante le film. On a l'impression de pénétrer dans un subconscient, un peu comme dans Inland Empire, mais cette fois le réalisateur, contrairement à Lynch, n'essaye pas de nous faire aimer ce qu'il y trouve : l'univers mental de von Trier est déviant, laid, kitsch, à cheval entre l'enfance (les contes de 19110321_w434_h_q80fées, les flashs gothiques faits de renards qui parlent, les films d'horreur) et l'âge adulte mal assumé (les rapports de couple, l'interrogation sur les femmes qui vire au cliché, la haine du sexe). C'est sûr que le film, malgré une photo et des idées visuelles superbes, est crasseux, allant au bout du bout de la provocation de collégien pour nous déranger : on ne compte plus les images à base de tripes, de sexe mutilé, de fausses couches, de trous dans la chair ; mais tout est fait presque avec naïveté, avec l'insolence d'un enfant, et finalement cette provocation gratuite apparaît plus comme un autoportrait en amuseur maladroit que comme une vraie impolitesse. C'est tellement cru qu'on finit par en rire, mais on dirait que c'est ce que veut von Trier : nous amuser, retrouver une certaine "candeur punk", nous faire sauter dans notre fauteuil.

19110320_w434_h_q80Le film reste très opaque dans son fond, très mystérieux : on ne sait pas trop ce que tout ça veut dire, on patauge parfois dans une psychologie simpliste, certaines séquences sont presque trop jolies pour être vraiment intéressantes (les glands qui tombent au ralenti sur Dafoe, les visions à la Jérome Bosch de corps emmélés dans les arbres). Mais c'est parce que Von Trier est toujours au plus près de lui-même, et qu'il assume chaque pulsion de son cerveau, même douteuse, même laide, même roublarde. Dès lors, oui, le film est souvent agaçant, mais il est aussi tous les autres adjectifs du dictionnaire, parce qu'il est la somme des stimuli d'un auteur, et pas le plus sain des auteurs qui plus est. Il fourmille en plus d'idées de mise en scène absolument géniales, à commencer par la fameuse thématique hitchcockienne de "l'image manquante" : sans dévoiler la fin du film, disons que tout tourne autour d'un plan qui manque à la scène d'ouverture, et qui est doucement amené par le film, par bribes, par phases très délicates. Il y a aussi ces fabuleux plans en parallèle entre la jouissance sur le visage 19098067_w434_h_q80de Gainsbourg et l'extase sur le visage d'un bébé qui s'approche de la mort (il fallait franchement oser) ; il y a ces images toutes simples et terrorisantes sur une fougère qui bouge dans le champ de vision de Dafoe et du spectateur ; il y a ces admirables retours du cinéma "à l'épaule" de von Trier, qui viennent cerner au plus près la violence d'une confrontation de couple (les scènes dialoguées sont toutes aussi brutales que les scènes gore) ; il y a ces occurences des animaux qui donnent au film l'aspect d'un Douglas Sirk punkoïde ; il y a encore 1000 petites choses fugaces (Gainsbourg qui devient "végétale", ce brouillard irrationnel qui envahit tout, la dernière scène géniale).

Antichrist est un grand film impressionnant, et révoltant dans le meilleur sens du terme. Pasolini aurait aimé cette candeur alliée à un savoir-faire très malin, Tarkovski (à qui le film est justement dédié) aurait adoré 19098068_w434_h_q80cette puissance graphique et cette solennité des scènes d'ouverture et de cloture, Henry Miller aurait dansé de joie devant cette posture haine/fascination envers la femme, Lautréamont aurait reconnu son frère dans cette façon d'envisager la nature (biologique, humaine) comme un danger odieux, Artaud aurait apprécié ce film droit dans ses bottes, transgressif et directement branché sur la folie. Et moi, je m'incline encore une fois avec une admiration totale devant le génie de von Trier, qui arrive sans arrêt à aller à l'encontre de ce que j'attends de lui depuis le début de sa carrière. (Gols - 23/06/09)


Après les lectures éclairantes de l'article de mon collègue (deux courbettes serviles), très bien vu sur la forme, et de celui du ciné club de Caen (ici) très intéressant sur le fond, je me sens, avouons-le, un peu nigaud. Sacré Lars, tout de même, qui passe de l'esprit ultra-dépouillé du Dogme à celui ultra-formaliste de cette oeuvre, toujours avec brio, et qui continue de manipuler son spectateur comme un gant. Sacrée Charlotte, également, qui se met ici bougrement en colère et, d'ailleurs, depuis qu'il a vu ce film, Yvan Attal doit méchamment se tenir à carreau - oui, je sais, quand je ne sais pas trop quoi dire, je prends des chemins de traverse. Si, dès le premier pied que nos deux amis mettent en forêt, on sent qu'on va avoir droit à un voyage initiatique à la Stalker, il faut reconnaître que la révélation finale ne flirte guère avec l'allégresse, et que cet Eden-là ne ressemble pas non plus vraiment au jardin où Adam et Eve vivaient paisibles - avant le pépin, oui. Personnage manipulateur, Dafoe va faire ressortir peu à peu et malgré lui les pulsions les plus sauvages de son épouse, femme écartelée entre son attachement à sa créature et le plaisir qu'elle donne, qu'elle se donne. Etre bénéfique (créatrice) dangereuse ou maléfique malheureuse ? Elle constitue un véritable cercle vicieux à elle toute seule, et notre ami Willem n'a pas fini de morfler sous ses assauts vengeurs et sadiques - avant de lui clouer rageusement la glotte (Willem a la chance de remettre la main sur la clé à mollette mais Von Trier est loin, lui, de nous donner son trousseau...): une expérience salvatrice qui lui permettra de mettre en garde la gente féminine qui monte à lui ? (Alors comment gérer ses instincts destructeurs et autres pulsions négatives, je vous explique...)... Von Trier semble en tout cas diablement s'amuser à établir une sorte de règle de trois des symboles (les trois mendiants, les trois animaux, les trois trucs qui tombent du ciel - pluie, grèle et glands... (une pluie de glands, franchement, cela fait toujours sourire, même quand on tente de mettre désespérément le doigt sur le sens profond du bazar) et à nous servir des images plus léchées que... que... qu'un gland...(pardon, j'avais vraiment rien qui me venait, j'ai joué la facilité). Si, esthétiquement, l'ensemble est particulièrement soigné, le discours se perd, lui, un peu comme un écho dans la forêt... Bon, la créature humaine est pleine de pulsions créatrices et destructrices, je vais déjà tenter de digérer cette piste (hum)... Bon sinon dimanche j'ai marathon, ne nous égarons point trop loin quand même. (Shang sans grande inspiration - 25/11/09)

antichrist2

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Commentaires sur Antichrist de Lars Von Trier - 2009

    Bravo!

    Je suis jaloux! Je sors de voir Antichrist et comme je commence à savoir surfer en déjouant les pièges publicitaires, j'ai réussi à arriver chez vous, sans vous connaître, en trois coups. Un, Le Monde : pas du tout à la hauteur; deux : Télérama, on ne se mouille pas. Trois : bravo! ce que vous écrivez correspond exactement à ce que j'ai ressenti et à ce que je pense. Lars von Trier reste jusqu'à nouvel ordre au nombre de la dizaine de réalisateurs que je suis prêt à suivre inconditionnellement et à pardonner parfois. J'avais des craintes, suite à des articles lus je ne sais plus où, mais même si le réalisateur de L'Hôpital et ses fantômes est dépressif, son film est loin de l'être. C'est peut-être que le monde qui nous entoure ne laisse que cette option de vie à certaines personnes encore mal conditionnées. PS : j'avais sauté par mégarde l'IMDb, mais ils sont des nôtres
    (http://www.imdb.com/title/tt0870984/)

    Posté par De Spookrijder, 23 juin 2009 à 23:10 | | Répondre
  • PS2 Erratum

    Il y a un problème avec le lien ci-dessus vers l'IMBd - le revoici sans les parenthèses qui perturbent:
    http://www.imdb.com/title/tt0870984/

    Posté par De Spookrijder, 23 juin 2009 à 23:13 | | Répondre
  • Petit cercle

    Merci pour vos encouragements, Spook, ça fait bien plaisir. Antichrist est victime d'un énorme malentendu de la part des critiques, qui sont visiblement passés à côté de l'humour et de l'insolence du film. Comme pour tous les autres von Trier, les mêmes critiques crieront au génie dans 4 ou 5 ans, en disant qu'Antichrist est un chef-d'oeuvre. En attendant, réjouissons-nous que le bon Lars existe : pour ma part je le mets sans problème dans les 4 ou 5 plus grands cinéastes vivants, et ce dernier opus malaimable me le confirme.
    Longue vie.

    Posté par Gols, 24 juin 2009 à 10:59 | | Répondre
  • Ah

    Il y en a peu qui reconnaissent qu'Antichrist est un grand film, ça fait plaisir de voir enfin un avis si enthousiaste. Je suis d'accord sur toute la ligne avec cette excellente critique =D

    Posté par Paul, 24 juin 2009 à 12:47 | | Répondre
  • Où le jeune est rassuré.

    Aujourd'hui, alors qu'autour de moi je découvre l'héritage culturel que me lègue l'infini diversité des arts qu'ils soient plastique, cinématographique etc... je me pose la question : le cinéma est-il à considérer comme un art ? Finalement, regardons la grand majorité des films sortant chaque semaine en salle, ce n'est pas Besson ou même le si préstigieux woody allen, qui pourrait répondre oui. Mais ce film, ce réalisateur me rassure. Oui, pour moi Lars Von Trier est un artiste, un vrai artiste et ce film, Antichrist est une oeuvre d'art nouvelle. Suis-je abusif ? Lars Von Trier nous montre la parfaite représentation abstraite de ses phantasmes exacerbé. Il a l'audasse de les pousser à l'extrème et c'est beau. Ces visions de la forêt, ces allégorie terrifiante ( je pense au corbeau, évocateur pour moi, de la douleur qui harcèle Dafoe tout au long de sa descente aux enferts ).Ce film est un véritable réquisitoire en faveur du cinéma. Non, le cinéma ne doit pas basculer dans le simple divertissement du samedi soir.

    Posté par Zucker, 08 juillet 2009 à 17:58 | | Répondre
  • Inter génération

    Aaaah ça fait plaisir de voir le cercle des passionnés s'agrandir. Grand merci, Zucker, pour cet enthousiasme, absolument excessif puisque c'est la seule manière d'apprécier Von Trier à mon avis. Bienvenue à tous les défenseurs de Anti christ,... et aux autres aussi, soyons sports.

    Posté par Gols, 08 juillet 2009 à 20:11 | | Répondre
  • Melancholia

    J'espère que l'un de vous à prévu d'aller prochainement voir Melancholia. J'ai hate de lire votre avis sur ce film qui fut pour moi absolument bouleversant!

    Posté par petitCalimero, 14 août 2011 à 17:45 | | Répondre
  • Melancholia est une merde pure comme Antichrist !

    Posté par ExtraM, 14 août 2011 à 19:45 | | Répondre
  • agenda

    C'est bouleversant ou c'est une merde pure ? Mmmm, ça m'a tout l'air d'être du Von Trier, donc... Bien sûr que je vais y aller, en tant que fan, j'attends juste qu'il sorte de par chez moi.

    Posté par Gols, 15 août 2011 à 19:33 | | Répondre
  • Je confirme : Melancholia est une pire merde !

    Posté par Rob, 16 août 2011 à 00:55 | | Répondre
  • andrioucha

    andrioucha n' aurait rien apprécié de cette oeuvre , j aime bien lars, mais sa dédicace ? quelle insolence !

    Posté par kabirio, 17 août 2011 à 07:10 | | Répondre
  • Antichrist était une sale merde. Melancholia est une grosse merde.

    Posté par Glou, 19 août 2011 à 20:16 | | Répondre
  • Antichrist était à gerber. Melancholia est à chier.

    Posté par bosa, 22 août 2011 à 15:29 | | Répondre
  • Melancholia est un film sublilm , surtout sur la fin, quelle merveille ! Melancholia et antichrist ont en commun d'avoir une fin magnifique.

    Posté par darcieux, 23 août 2011 à 13:49 | | Répondre
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