vlcsnap_2009_11_21_12h35m14s48Comme je trouve que la plupart des films d'avant-guerre de Carné sont sur-estimés, je me suis dit comme ça que j'allais faire un tour dans ses oeuvres tardives, voir si des fois il n'y aurait pas quelques qualités dans ces films que tout le monde s'accorde à trouver nazes. Ah... ben non, c'est naze. La Merveilleuse Visite est le dernier film de son auteur, et comme souvent chez les cinéastes de cette époque, le chant du cygne correspond à peu près au pire de sa production. La thématique est relativement proche de celle des Visiteurs du Soir, mais comme inversée : dans la Bretagne rurale contemporaine, un ange tombé du ciel est retrouvé sur la plage ; sa présence parmi les villageois va semer le désordre, le gars déclenchant par sa naïveté la zizanie dans tous les coins : et vas-y qu'il fait craquer les filles, qu'il ne s'accorde pas avec les musiciens du coin ou qu'il lâche les animaux dans les rues par amour de la liberté. Le message, proto-punk vous en conviendrez : on ne sait plus accepter la bonté et l'innocence dans notre monde barbare. Notre ange sera pourchassé telle la créature de Frankenstein par des villageois bas du front (menés par Jean-Pierre Castaldi, c'est vous dire l'épaisseur) avant de se transformer en mouette au son d'une harpe céleste.

vlcsnap_2009_11_21_09h57m42s250Ca peut passer à la rigueur pour un public de tout-petits encore facilement convaincables, ou lors d'une soirée de Noël vintage en hommage à l'ORTF. En-dehors, c'est un film d'une laideur terrible, complètement exsangue et niais, qui manque de talent à tous les niveaux : le rythme est cahotique, la musique inécoutable, le scénario cousu de fil blanc, la mise en scène inexistante, et l'interprétation honteuse. Dans le rôle de l'ange, Gilles Kohler (qui, renseignements pris sur Wikipedia, a fait aussi "certains films", comme L'Arme Fatale) : pour lui, jouer un ange, c'est opter pour un regard extatique, légèrement christique (thème d'ailleurs très présent dans le film), une sorte de débilité légère nimbant chacun de ses gestes et chacune de ses paroles. On comprend que Carné voudrait que l'innocence ressemble à ça : une jeunesse blonde idiote à force d'être cucul ; on vous conseillera plutôt la lecture de L'Idiot de Dostoïevski pour avoir un autre portrait de Christ moderne un peu plus fouillé. Carné accumule les images d'Epinal (le gars qui ressucite une colombe, au vlcsnap_2009_11_21_17h34m10s208secours) avec un premier degré qui devient effrayant tant il semble sincère. On peut voir aussi là-dedans une déclaration d'amour aux hippies, là aussi cités dans la scène où l'ange repeint en couleurs fluos la façade des maisons grises du village, ou dans celle où il contemple la mer sur fond de musique new-age ; mais à part citer son époque, Carné n'engage aucune réflexion, aucun discours, se contentant d'une poésie surrannée d'une ringardise absolue. La Merveilleuse Visite sent le sapin; idéal donc pour les fêtes de Noël.