19105917_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20090515_103020Une fraîcheur tout à fait agréable émane de ce film, et qui ne doit pas seulement à ces bons vieux morceaux de musique vintage qu'on entend tout du long : Lee semble avoir capté quelque chose de l'ambiance de l'époque, cette utopie tranquille et joyeuse du flower-power, et traite son sujet avec une sérénité vraiment attachante. Après avoir vu Taking Woodstock, on a envie d'y croire encore, et le film évite à peu près tout ce qui pourrait faire polémique (il y aurait beaucoup à dire sur la ruine de cette utopie, sur l'échec final de la "politique" hippie) : ça pourrait être une limite au discours de Lee, cette façon de ne se préoccuper que de la joie aux dépends des dangers ; mais tout au contraire, ça lui donne une texture naïve émouvante, et on lui en veut presque de légèrement ternir l'image idyllique de son film par des détails de scénario un peu plus sombres.

Le film raconte la création du festival de Woodstock en 1969, par son côté le plus humain : un brave gars de la campagne (Demetri Martin, excellent, toujours modeste et habité par son rôle, un jeu presque "européen" 19104130_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20090512_025836à force d'être discret) un peu dépassé par les évènements, et qui va en trois jours devenir l'organisateur du plus gros concert de tous les temps. La grande idée du film, c'est de placer le festival lui-même, ses stars, sa musique même, en hors-champ. On n'aura que des bribes lointaines de musique, Lee préférant s'attarder sur l'intime, les déamulations du garçon dans l'immense camp empli de jeunes gens à moitié à poil et rempli de drogues jusqu'aux oreilles. Lee filme un état de la jeunesse à un moment X, avec une candeur et un enthouiasme vraiment réjouissant. Jamais au-dessus de ses personnages, il les contemple avec humour, mais sans moquerie : une troupe de théâtre contemporain expérimentale pur jus, un couple de consommateurs d'acid, des baboss barbus, un flic gagné par la fièvre hippie, tout le monde est regardé avec une belle honnêteté, avec juste cette légère nostalgie qu'il fallait pour les rendre beaux et justes. On est étonné par l'optimisme du film : tout (ou presque) se passe bien, en douceur, dans la joie, pas d'amertume là-dedans.

Quant au festival lui-même, il est plus un prétexte à ce portrait de la société qu'un sujet propre : on ne verra pas Hendrix ou Joplin là-dedans, ce n'est pas le sujet. Au contraire, Lee semble envisager Woodstock comme un "lieu" de rêverie, se permettant de mettre en bande-son des musiques en porte-à-faux, qui 19105923_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20090515_103021convoquent les deux grands absents du festival (les Doors, et Dylan qu'on entend comme s'il était présent sur scène) ou proposent des versions des chansons qui ne correspondent pas à celles de 69 (le morceau d'Arlo Guthrie par exemple). La musique est une évocation lointaine, fantasmée, et le personnage n'arrive d'ailleurs jamais au coeur de l'évènement, restant à bonne distance de la scène. Plus que l'évènement, Lee s'intéresse au film originel lui-même, le documentaire de Wadleigh ; c'est une autre grande idée de Taking Woodstock : recréer presque à l'identique des scènes du film de Wadleigh, placées à intervalles réguliers dans le film, si bien qu'on a l'impression que le reste du métrage est constitué "d'interstices" entre ces plans mythiques (les jeunes qui roulent dans la boue, les interviews). Lee retrouve carrément la texture de l'image de 69, et la mèle avec la très belle photo contemporaine d'Eric Gautier. Le trouble s'installe, et nous voilà plongé corps et bien dans une époque, dans un style, et même dans un film (le premier Woodstock, donc).

Il est presque dommage que, sur un matériau déjà si riche, Lee monte quelques trames inutiles : les rapports du héros avec ses parents ou son homosexualité naissante ne servent à rien, et on aurait préféré qu'il reste 19104129_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20090512_025836dans la seule chronique. D'autant que les rôles des parents sont trop chargés, trop "signifiants" (derrière l'utopie pacifiste, il y a l'appât du gain, la maladie, la mort). En restant subtil, Lee est plus convaincant, et de simples petits détails (comme l'allusion finale au concert des Stones à San Francisco, qui marquera la fin du mouvement hippie) auraient suffi à nous faire comprendre que tout n'est pas rose là-dedans. Tant pis : on passe un moment délicieux à nous voir ainsi immergés dans une période somme toute attachante de l'Histoire récente, et rentré à la maison, on se repasse ses vieux disques avec un enchantement retrouvé. Taking Woodstock est une petite chose précieuse.