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Sirk fait encore une fois un petit détour dans son Allemagne natale malgré le titre français, l'essentiel de l'action se déroule à Munich), et le fait en bon vieux nostalgique de la verte nature et de l'âme européenne. En accompagnant son héroïne-alter-ego à travers la campagne de son enfance, il rend compte à merveille de ce sentiment propre à toute rêverie sur le passé : se souvenir, c'est embellir. Aussi, Interlude est une véritable explosion de couleurs, qu'on peut pour cette fois trouver too much tant les fluos le disputent au rococo. Pourtant, c'est dans ces simples plans de contemplation énamourée que le film convainc le plus : un lent travelling sur une ville vue d'une colline, une séquence nocturne somptueuse, une ode à la nature, on sent la charge de regrets que Sirk met dans chacun de ses plans "contemplatifs". Un peu comme le Ford de The Quiet Man, le pays natal est un pur fantasme, un retour en enfance naïf et kitsch assez touchant.

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Heureusement qu'il y a ce sentiment-là, car sinon le film est vraiment décevant. Il y a pourtant une de ces trames éminemment sirkiennes propres à nous arracher toutes les larmes du corps : une Américaine entre deux âges, expatriée en Allemagne, tombe amoureuse d'un chef d'orchestre glamour, le temps de quelques jours, le temps de quelques baisers, avant de se rendre compte qu'elle n'est pas de ce monde-là. Joli, puisque permettant à Sirk de signer un vibrant adieu à la culture européenne et à la jeunesse. L'interlude du titre est bien là : une femme vieillissante qui se permet un dernier éclat de romantisme avant de revenir dans le rang, une escapade européenne (comprenez : romantique) un peu factice mais si émouvante. Malheureusement, sur cette trame qui aurait pu être bouleversante, Sirk choisit les pires comédiens qui soient : June Allyson, aucun charme, aucune grâce, peine à nous faire aimer son personnage, qui devient trop dur, trop rigide ; d'autant que le scénario lui ferme toutes les portes, la condamnant à un final conventionnel assez glaçant. Keith Andes, dans le rôle de l'amant repoussé, est terne. Et surtout Rossano Brazzi, dans le rôle du Richard Gere de service, est immonde : son personnage est ridicule de dandinements, beaucoup trop chargé en glamour pour être vraiment fatal, une caricature d'Européen raffiné, et devient effrayant à la longue. Un massacre donc côté distribution, et on ne cesse de rêver à Rock Hudson ou Barbara Stanwyck pour venir donner un vrai charme à l'ensemble.

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La musique tonitruante de Frank Skinner (INNNNDERLOUUUUUUDDDDDDE, argh !) n'arrange pas les choses, ni les décors pour une fois peu inspirés. C'est bien dommage, puisqu'on sent ça et là quelques tentatives de se sortir de ce piège kitsch : un personnage féminin secondaire intrigant, un final qui marque des points par son aspect cauchemardesque (deux silhouettes fantomatiques dans la nuit, une vraie photogénie), un ton amer du meilleur effet... Mais on sent que Sirk s'intéresse peu à la chose, et laisse un peu tomber la mise en scène, désireux sans doute de passer au film suivant (The Tarnished Angels, du lourd pour le coup). Un interlude en forme de parenthèse oubliable.

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