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Voilà un premier film australien qui possède un certain charme - interprétation convaincante de la très jeune actrice, récit de l'innocence perdue bien troussé, réflexion intéressante sur le leurre des décisions politiques (des lapins domestiques mis au zoo à la mise au ban... des communistes) - et qui mêle adroitement monde imaginaire et réalité. En nous racontant son récit à travers les yeux de cette petite Celia, la cinéaste parvient à nous conter son histoire avec une certaine candeur et à traiter certains sujets sans jamais tourner à la démonstration fastidieuse : Celia est affectée directement dans sa vie quotidienne par la chasse aux sorcières (son père tente de l'acheter (avec un lapin, bouhh), l'interdit de fréquenter les gamins des voisins, cocos, et provoquera leur déménagement), la politique du gouvernement qui tente de faire diversion (les lapins sauvages envahissant l'Australie, les lapins domestiques sont, dans un premier temps, bannis des foyers) et découvre les petits mensonges des adultes - son père flirtant méchamment avec la voisine... Alors que Celia a encore un pied dans le monde des rêves - ou des cauchemars -, elle se frotte peu à peu à la triste réalité et les deux mondes vont fusionner lors d'un incident tragique - associant les monstres de son imaginaire (l'impact de la lecture sur son petit monde) à celui qu'elle rend responsable de la mort de son lapin (qui dit "mort d'un animal" dit, chez moi, automatiquement larmes de crocodile - j'ai pas pu y échapper... et pourtant j'en ai bouffé des lapins, comme quoi c'est bêta parfois...). Ann Turner parvient à nous conter son histoire en nous montrant aussi bien les petites guéguerres entre enfants qui ne sont point des angelots (entre Lord of the Flies pour une certaine cruauté et La Guerre des Boutons avec les deux mini-gangs qui s'affrontent) - que la corruption progressive des adultes sur leurs jeunes âmes (on repense forcément, récemment, au Ruban blanc). C'est relativement bien fait même si... (eh ouais, c'est plus fort que moi), même si c'est vrai qu'on n'est pas toujours totalement captivé par cette intrigue - comme si on restait un peu trop parfois à la surface des choses. Certes, c'est narré via le regard de Celia, mais on ne peut pas dire que les personnages dans son entourage fassent preuve d'une grande profondeur psychologique... Quant au "coup d'éclat" de Celia, il détonne également un peu, comme s'il s'agissait d'un rebondissement un peu forcé dans le ton et la structure narrative. A découvrir, comme on dit, pour son petit parfum d'innocence (belle image très lumineuse, au passage) et de nostalgie - l'histoire se passe dans les années 50 et on sent que la cinéaste évoque avec une certaine sensibilité sa propre enfance - sans non plus sauter au plafond comme un lapin - ce qui est rare, j'en conviens.   

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