Une histoire d'amour (raté) triste à mourir qui sent la dépression (à défaut de véritable avalanche) au dessus d'un jardin non fleuri. Un trio pourtant terriblement classique : un jeune homme, Goro, issu d'une famille aisée, et deux femmes : l'une, Fukiko, ultra traditionnelle et obéissante - le rêve nippon de David Douillet si on fait fi du gras -, l'autre, Yayoi, plus expansive et moderne. Le problème, c'est que Goro est persuadé d'aimer celle-ci alors qu'il s'est marié avec celle-là. Le vrai drame, c'est que Goro se croit fougueux et courageux alors qu'il n'est que lâche voire capricieux... Comme le lui lâchera son père : "le malheur de votre génération est de savoir des choses sans les comprendre" (un second malheur surviendra dans la foulée, deux ans plus tard, mais ne nous avançons point...).

vlcsnap_434758

Goro a l'air de s'emmerder comme un rat d'égout auprès de la toute mimi Fukiko. C'est vrai que cette dernière a l'air définitivement un peu trop servile (comme le dit à son propos son beau-père po méchamment : si on lui demande de s'asseoir elle le fait automatiquement et elle pourrait rester comme cela pour toujours... Rude) mais n'a d'yeux que pour son mari. Goro passe son temps, dès qu'il peut s'échapper, en compagnie de Yayoi. Besoin de posséder celle qu'il n'a pas, simple caprice ou erreur de jeunesse en se mariant très jeune sans y penser à deux fois ? Il est clair en tout cas que Goro ne cherche plus vraiment à réfléchir, persuadé lui-même qu'il est dans son bon droit de suivre, dorénavant, son instinct... et de quitter Fukiko. Il s'en explique avec son père mais la discussion tourne vite à la confrontation, le pater reprochant au fiston de ne pas avoir deux sous de jugeote : il lui parle de "responsabilité", de la "société", autant de grands mots qui confortent le fils dans sa voie. Mais Yayoi est d'une part loin d'être une petite opportuniste - elle est pleine de compassion pour Fukiko - et Goro loin d'être capable d'accorder ses pensées grandiloquentes (il se met à penser à un double suicide...) avec ses actes - un pauvre petit personnage bien mesquin en quelque sorte...

vlcsnap_433181vlcsnap_433249

Il y a une séquence, notamment, qui fend véritablement le coeur, lorsque le père pousse le fils à faire un petit cadeau à sa femme; celui-ci refuse puis finit par accepter sans que le coeur n'y soit vraiment. Fukiko est souriante comme une communiante quand elle découvre cette petite attention : elle presse le petit sac contre elle et s'empresse de le montrer à son beau-père qui sourit jaune - quant à Goro, il est déjà parti rejoindre Yayoi. Affreuse, cette petite joie dans le vide, ce petit sourire qui devrait crier au secours... Quand, dans la scène finale, Fukiko s'effondrera en pleurant, on a littéralement envie de fracasser la tête de Goro même si on tient à son écran. Naruse expérimente - ce me semble (un procédé jamais vu dans ses films auparavant mais bon je n'ai pas la science infuse ni naruse) - une jolie petite idée cinématographique en voilant son écran de noir lorsque les personnages se parlent en leur for intérieur. Au début cela surprend un peu - un effet un peu "théâtral", certes - mais on s'y fait rapidement, cela isolant totalement les personnages dans leur pensée torturée... Pas vraiment un film d'une gaieté folle mais une histoire sans artifice très touchante et qui n'a surtout po pris une ride. 

vlcsnap_432826