A l'Assaut du Boulevard (Bucking Broadway) de John Ford - 1917
Il est bon parfois de fouiller dans les greniers. On peut y exhumer des petites merveilles, comme ce Bucking Broadway, témoin des premières tentatives filmiques de Ford, et qui force déjà le respect. Magnifiquement restauré dans une version toute jaune qui irradie les grands espaces, le film narre dans sa première partie la p'tite vie mignonne d'un groupe de cow-boys du Wyoming. On y assiste avec émerveillement à une exaltation lyrique de la campagne yankee, Ford faisant déjà montre d'un sens de l'espace extraordinaire. Nombreux plans où l'on découvre un personnage au premier plan, placé devant un immense paysage profondissime, plein de collines, de boeufs qui paissent, de chevaux sauvages ; avec toujours, placés comme sur un échiquier, un ou deux autres cow-boys, tout petits, au fin fond de l'écran, qui rendent étonnamment vivant l'espace. C'est vraiment puissant, et on sent tout l'amour que Ford voue à son pays ; c'es
t pas nouveau, mais on est bluffé de trouver cette veine de son cinéma si merveilleusement illustrée dès 1917. Du coup, on apprécie le style presque documentaire de ces scènes de la ruralité quotidienne, dressage des chevaux (qui dépotent, en 18 images/seconde), fêtes avinées, petites romances innocentes sur fond de fleurettes.
Quand un gars de la ville fait irruption, on voit un peu le discours venir, genre L'Aurore de Murnau : dualité entre l'innocence originelle de la campagne et la vénalité bruyante de la ville, éternelle faiblesse féminine qui préfère les appels de celle-ci aux charmes de celle-là, choc des cultures, etc. Et c'est bien ce qui se passe : la jeune première quitte sans ambages son rustaud au grand coeur pour partir avec le bellâtre urbain. Mais le cow-boy ne l'entend pas de cette oreille, et le voilà parti à l'assaut de sa belle. C'est l'occasion de gags mignonets qui tournent autour de l'inadaptation du péquenot à la modernité : craquant petit passage où il confond le bruit de la fuite d'un radiateur avec un serpent à sonnettes, dégaînant son énorme flingue de 5 mètres de long devant un groom hilare. Le film se terminera en apothéose avec tous les potes du cow-boys débarquant sur les grands boulevards (quelques
plans fugaces mais forts en gueule où les chevaux zigzaguent entre les voitures) pour se livrer à une bagarre dantesque avec les bourgeois.
Il doit manquer pas mal de bobines, parce que l'ensemble est vraiment très rapide, voire abrupt. Mais ce qu'il en reste est vraiment charmant, déjà plein d'ampleur, et le regard bien en place. Un film qui n'a pas à rougir face aux grands films plus tardifs du gars. De toute façon, il est tout jaune.
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