Supergrave (Superbad) (2007) de Greg Mottola
Pas facile d'enchaîner le film suédois de Sjodberg avec ce teen-movie gratiné. Il faut reconnaître à Mottola d'avoir réussi le challenge de placer "bite" et "couille" dans chaque dialogue du film, ce qui relève vraiment d'une superbe performance sur deux heures. Si on prend le film comme il vient, il faut même avouer que dans le genre "ado obsédé par le cul" (j'enquille les mots-clés, l'article sera super visité), le film met les pieds dans le plat; Mottola ne joue pas la carte du politiquement correct, loin de là, et c'est assez libérateur. L'ado ricain moyen ne pense qu'à baiser et à se vinasser la tronche, et bon cela nous change des petites séries-télé bien proprettes sur elles. Il y a qui plus est un duo assez fendard (au 8ème degré mais pourquoi pas) de keufs qui foutrait la honte totale à Sarko : ils finissent par brûler à l'alcool leur propre caisse tout en autorisant un ado à vider le chargeur de leur flingue dessus... Cela a beau rester illusoire, au moins ça défoule... C'est d'ailleurs un peu le principe du film d'aller jusqu'au bout du délire. Cela dit, bon, restons sportif, ça vole rarement au-dessus de la ceinture, et si 2-3 situations arrachent un rictus compatissant, on est loin de se rouler par terre. On est po dans la finesse - si ce n'est celle des strings - et même si on finit par compatir devant les petits tracas de cette jeunesse de loser, l'humour reste destiné en grande partie à un public acnéique... enfin saluons tout de même une certaine radicalité assumée (dans la vulgarité, certes), c'est toujours moins mou du genou que 90% de la production ricaine actuelle. (Shang - 26/01/08)
Ah j'avoue que pour ma part j'ai été assez charmé par cette série Z franchement poilante et finalement touchante. Superbad, c'est tout un pan de l'adolescence qui surgit, avec une frontalité bienvenue et un sens des personnages très en place. Certes, Mottola ne fait pas dans la dentelle, mais on lui en aurait franchement voulu de pondre un teen-movie comme on en a vus déjà 10000 : lui est au plus près de ce qu'est un ado basique, à savoir un mec tout bancal terrorisé par les filles, obsédé par son pénis et qui vendrait sa mère pour un regard de la bombe de la classe. Comment ça, schématique ? Je défie quelque garçon que ce soit de n'avoir pas éprouvé les déboires des trois compères du film, au moins dans sa tête. Plutôt que d'en faire un drame intimiste, Mottola en fait une grosse blague, complètement à la hauteur de ses personnages. C'est vrai que ça ne vole pas haut, que la plupart des dialogues sont à base de "cocks" et de "vagina", mais c'est aussi un défouloir jouissif qui ne se prive pas d'aimer ses ados tout en les regardant avec beaucoup de causticité. Les trois personnages principaux résument à eux seuls les archétypes de l'âge ingrat, un peu comme Les Beaux Gosses l'a fait en France : un binoclard maigrichon légèrement crétin, un petit gros ordurier, et un sensible mal dans sa peau. A eux trois, ils représentent un pan du cinéma américain la plupart du temps laissé hors-cadre : les vrais ados, ceux qui se branlent, regardent Star Wars en boucle et ne savent pas draguer. On sait vraiment gré à Mottola de les mettre en pleine lumière, et de leur donner une telle importance.
En plus de ces portraits sentimentaux, le film sait développer des situations vraiment drôles, et Mottola sait diriger ses acteurs. Ils sont tous excellents dans l'excès, et les scènes avec les deux flics (encore plus gamins que les héros) sont franchement impayables. Superbad enregistre dans l'insolence le passage difficile de l'adolescence à l'âge adulte, se permettant même une scène finale que n'aurait pas reniée Jacques Demy : les deux potes qui partent chacun dans leurs vies d'hommes, symbolisée par un escalier roulant qui les sépare doucement. C'est, en quelques secondes, la douleur de grandir qui est filmée : se séparer de ses copains de Play-Station pour affronter le sexe et la vie domestique. Pas toujours fin, et c'est tant mieux ; en tout cas, hyper-sensible. On ne peut que conseiller à tous les parents de faire voir ce film à leurs ados, et de fermer la porte pour les laisser seuls. (Gols - 30/10/09)
Commentaires sur Supergrave (Superbad) (2007) de Greg Mottola
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=110219&pid=7702855
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
