vedovo3Même sur un scénario qui tiendrait sur un timbre-poste, Dino Risi arrive à nous trousser une comédie charmante et dynamique. Il Vedovo est une petite bulle de méchanceté caustique somme toute bien innocente, mais on s'installe là-dedans comme dans de bonnes vieilles pantoufles, s'abandonnant au simple plaisir, et c'est déjà énorme. A la tête du bateau, le grand Alberto Sordi, drôle même quand il ne fait rien, ce qui lui arrive rarement : archétype du loser italien grande gueule comme on les aime, matamore moderne, capable de mettre autant de conviction dans une déclaration d'amour aux tortellinis que dans un projet de meurtre. Il incarne donc avec énergie un homme d'affaire minable, ruiné, marié à une riche pimbêche avare ; il va échaffauder avec une bande de bras-cassés un projet d'assassinat de celle-ci par ascenseur, dont on sent dès le départ qu'il comporte quelques trous dans le projet. C'est tout, mais ça suffit à Risi et Sordi pour donner libre cours à leur dynamisme. Plus que les situations, ce sont les personnages qui font levedovo bonheur de la chose : caricaturaux en diable, filmés avec tendresse malgré une causticité de chaque instant, ils sont énormes et tout petits en même temps, symboles à eux tout seuls de toute cette école italienne de la comédie. Même les seconds rôles sont hilarants (j'ai eu du mal à me remettre de cette petite vieille à l'enterrement, hurlant en boucle "Elle était si booonne").

Surtout, Risi en profite pour attaquer frontalement le petit monde des affaires, sacrifié à l'autel du profit. Y compris en incluant son héros lui-même dans le système, avec un cynisme total : le personnage est odieux, profiteur, menteur, infidèle, crâneur, de mauvaise foi, hautain, et pourtant on l'aime dès le départ. Séquence excellente où il convainc à coups de chèques ses collègues de monter son plan d'assassinat : il leur en faut peu pour les convaincre. Aucune morale donc dans ce film ricanant, même si la fin tente de revenir à une justice divine retrouvée. On en voudrait à Risi d'être conventionnel, et on sent bien que ce "happy end" n'est là que pour la galerie, et 1242697qu'il a mis beaucoup plus de jubilation à montrer le froid projet morbide de son héros qu'à le résoudre de façon aussi simpliste. Sa façon de méler les clichés du film noir (genre Le facteur sonne toujours deux fois) à la pure situation de comédie montre un cinéaste amoureux de son récit, aussi petit soit-il, et qui s'amuse comme un petit fou à regarder ses géniaux acteurs jouer des ombres de trames avec un tel talent. Il Vedovo est un spectacle absolument charmant, très drôle et bien méchant comme il faut.