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Sur les conseils des Cahiers, un oeil sur ce film d'animation que les bougres comparent quand même à Starewitch. Résultat des courses : les Cahiers sont parfois très précieux. Peter and the Wolf est un bijou prodigieux, utilisant la bonne vieille technique (l'animation de marionnettes) sans refuser les nouvelles technologies (les images réelles, peut-être même dopées aux images 3D si je ne m'abuse). C'est surtout un moment de cruauté comme on n'en attendait pas dans ce type de productions souvent trop lissées. On pensait que Selick était le seul actuellement à utiliser l'animation pour parler réellement du monde des enfants dans toutes ses dimensions, horreur y comprise : Templeton nous prouve qu'il faut aussi compter sur elle.

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Le conte de Prokofiev sert en effet de prétexte (malgré l'amour évident que la réalisatrice lui porte) pour parler des hantises et des cauchemars des mômes. Les confrontations muettes entre Pierre et ce loup très symbolique, projection fantasmée de tous les dangers de "l'extérieur" sont traitées avec un sens de l'effroi impeccable. Pas grand-chose là-dedans, pas de virtuosité redondante : les marionnettes sont souvent presque immobiles, animées seulement de quelques expressions d'une finesse inouie pour nous faire suivre leur combat intérieur. C'est juste, sobrement mis en scène, la confrontation entre deux mondes : celui, brimé, de l'enfant confiné dans son monde trop petit pour lui, et celui, sauvage et vénéneux, du monde extérieur, avec ses horreurs. Magnifique séquence que celle du face-à-face tendu entre ces deux univers, l'un empiétant déjà légèrement sur l'autre, dans une sorte de fascination/répulsion que Templeton excelle à rendre palpable. Le monde, pour Pierre, est plein de dangers, de brimades (il est harcelé par un chasseur), de frustrations (une blondinette qui l'attire) ; entre l'enfance (les jeux sur le lac gelé, son pote le canard, un ballon bleu comme symbole de son désir d'évasion) et l'âge adulte, il pose sur tout son regard froid (super anti-héros mutique et renfrogné) et intrigué. Le but du jeu va être de le rendre ouvert à cet univers de violence qu'il fuyait jusqu'à maintenant, sur l'influence d'un grand-père antipathique qui l'enfermait chez lui.

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Le conte est un voyage initiatique plein de violence, c'est connu mais pourtant rarement mis en pratique dans les films pour enfants. Templeton accepte la laideur comme la beauté, le dégoût (la mort du canard, sidérante) comme la joie, et c'est splendide. En choisissant de situer son histoire dans une Russie rurale glauque et froide, en décidant de n'occulter aucune des noirceurs propres au récit de Prokofiev, en nous confrontant frontalement à la mort et au danger, elle sait qu'elle choisit une voie ardue : celle de la "beauté des choses laides", une beauté détournée, déviante, dissimulée dans la légèreté mais surtout dans l'ombre. Son loup, hommage évident aux créatures de Starewitch, est une masse sombre dominée par la tuerie, mais aussi empli d'une humanité bouleversante ; son môme est un petit pantin astucieux et joueur, mais hanté par la mélancolie et la soif de découvrir le monde. Sans mot, avec une technique franchement époustouflante, Templeton nous conte une histoire violente et morbide, et pourtant pleine d'espoir et de foi en la beauté des choses. J'ajoute que les tout petits mouvements d'ailes du canard triste m'ont fait pleurer ma mère. C'est tout simplement génial, d'une richesse incroyable, et fascinant à regarder.  (Gols 11/09/09)

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Un pur régal ! Pas grand-chose à ajouter à la chronique de mon camarade de patinoire cinématographique qui décrit tout l'enjeu de cette confrontation et la finesse des attitudes de chacun des personnages : un loup au poil défraîchi plus vieux que Suzanne Flon qui fait, malgré tout, son dur taff de loup 3973(oui, il bouffe le canard, c'est désagréable comme tout mais le loup est un loup, pour le canard), un gros chat vicelard à la tête toute déconfite quand il tombe dans la mare gelée mais qui s'ébroue avec art, un canard les bras ballants qui exprime la détresse d'une façon à vous fendre le coeur, un oiseau qui a désappris à voler (les compagnons de Pierre sont un peu des bras cassés quand même, faut le souligner) et qui place tous ses petits espoirs d'envol dans ce ballon bleu que Pierre lui attache autour du colbac, un Pierre maigre comme un clou mais pugnace comme tout quand il s'agit de passer à l'action, un chasseur con comme un chasseur, bon ça c'est international. Les effets sont distillés avec parcimonie, mais chaque légère accélération dans l'action - un canard qui danse sur la glace, un oiseau qui part en vrille quand le ballon se dégonfle, un Pierre et un loup attachés à chaque bout d'une corde et trimant pour avoir le dessus... - vous fait palpiter le coeur. Un petit joyau de trente minutes qui sert avec grandeur la musique éternelle de Prokofiev. A savourer en boucle après avoir couché les gosses.  (Shang 24/10/09)