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Premier long-métrage de fiction de Makavejev assez explosif au niveau de sa narration mais également par sa liberté de ton et ses piques contre ce système communiste qui semble se plaire à faire avaler des couleuvres (je ne sais si l'expression existe en yougoslave, le fait est qu'elle colle parfaitement aux images de Makavejev - photo ci-dessus à l'appui). Deux "fils" narratifs assez lâches qui mettent en scène deux travailleurs dans une usine de cuivre : le premier est une véritable brute tout de muscle, grand fêtard, qui traite sa femme comme de la daube; profitant de son absence, il a filé la plupart de ses robes à sa maîtresse. Cela donnera lieu à un combat dantesque à grands coups de poule dans la tronche (Kusturica n'a rien inventé) sur la place du marché. Convoqués au commissariat, les deux femmes et l'homme tenteront de s'expliquer. On abandonne rapidement cette première piste narrative pour suivre l'arrivée d'un ingénieur expérimenté en ville : à la recherche d'un logement, une jeune femme blonde peu farouche l'invite à venir habiter chez ses parents. Quand ces derniers seront partis faire une petite visite dans un village, notre jeune femme se donnera lascivement à ce cinquantenaire bien content de l'aubaine (de bien belles images et des postures féminines très godardiennes dans ce lit à frou-frou...). Elle n'hésitera point, cependant, à le lâcher le jour où il sera récompensé en grande pompe à l'usine pour son taff, en se donnant à un petit moustachu du coin qui joue les Casanova d'occase... Dit comme cela, cela ne rend pas vraiment compte de l'originalité de la forme ni des sens sous-jacents de ce premier film qui fait preuve d'un véritable esprit d'indépendance - tentons de nous rattraper.

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Le film s'ouvre sur un hypnotiseur que l'on retrouvera d'ailleurs plus tard dans une scène centrale du film. La métaphore sur le fait que ces personnes en transe obéissent au doigt et à l'oeil à l'hypnotiseur est forcément une aubaine pour le cinéaste pour traduire la passivité de la population vis-à-vis du pouvoir. Makavejev multiplie d'ailleurs les scènes de spectacle (cirque ambulant avec trapézistes court vêtus et avaleurs de serpents) qui culminent lors de l'interprétation de la neuvième symphonie de Beethoven au sein même de l'usine. Des spectacles "hypnotiques" par définition (le moustachu qui imite l'équilibriste) comme des leurres pour cacher la misère. Il y a aussi, dans cette oeuvre de Makavejev, une attaque en règle du machisme : la femme de l'ouvrier adultère est d'ailleurs la première à se révolter, justement après avoir assisté au spectacle d'hypnose, en disant à la maîtresse de son mari à ses côtés qu'il est grand temps de ne plus se plier aux désirs tout puissants de celui-ci. De même, il y a une certaine causticité à voir cet ingénieur, qui saute sur cette petite jeune (au grand dam des parents qui les surprennent en revenant de leur village), être couvert dans la foulée de récompenses pour son travail "bien fait"... Mais notre petite blonde est plus émancipée qu'elle en a l'air - et trouvera la jouissance dans les bras du gazier moustachu alors que la symphonie résonne à plein tube - un petit début de liberté sexuelle qui lui donnera d'ailleurs, ensuite, la force d'échapper à la poigne de l'ingénieur qui tente de la retenir. L'attaque du régime, de cette société, n'est peut-être pas frontale, mais une pointe constante d'ironie semble toujours présente, relayée en cela par l'extrême légèreté de cette caméra virevoltante qui semble se jouer de la lourdeur des individus. Une petite brèche de liberté...   

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