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Lilienfeld décide de traiter de la difficulté d'éduquer nos sauvageons de banlieue et livre un film au scénario taillé à la serpe. Certes, il s'agit du grand retour d'Isabelle Adjani (le 6ème au moins mais là, après minimum cinquante ans d'absence - et elle les fait, enfin) en prof de français qui "coule une bielle". Dès le départ, vu les pauvres dialogues de nos jeunes (on pensait qu'ils avaient 50 mots de vocabulaire, en fait ils en ont plus que douze, et onze sont des insultes), on se dit que le Jean-Paul ne va pas vraiment faire dans la nuance. On ne se trompe point, la première impression dans un téléfilm est souvent la bonne. Adjani tente de faire travailler cette bande de petits branleurs sur Le Bourgeois Gentilhomme, mais ces derniers "s'en battent les couilles", une expression qu'ils répètent à l'envi - on devine qu'ils doivent les avoir particulièrement endolories chaque soir que Dieu fait. Comme elle est obligée de faire un peu la police, elle surprend deux gamins en train de traficoter. Elle se saisit de leur sac et là, oups, un flingue tombe. Se sentant ultra menacée par un jeune black super vénère, elle s'en saisit, lui flingue la cuisse et braque tout le monde. Fini de rigoler, Molière se marre.

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Par la suite, on se rendra compte qu'il n'y a que sous la menace qu'on peut aujourd'hui se faire comprendre : Adjani avec son flingue peut enfin parler de respect et faire son cours à la coule, l'un des élèves qui s'est saisi du flingue peut parler d'abus et de violence, l'une des élèves qui s'est saisie du flingue (ah oui, le flingue valse...) peut enfin faire son petit topo sur le machisme, on s'attend presque que Clint Eastwood, époque Inspecteur Harry, se pointe et sous la menace de son flingue leur fasse à tous la morale... Voilà pour l'huis-clos. Autour cela s'agite; grosso modo, sous la houlette de la Ministre de l'Intérieur toute coincée, il y a deux flics : l'un interprété par Denis Podalydès, le gentil négociateur, l'autre interprété par Yann Collette, le méchant bourrin (ouais, vu le physique de chacun, c'était risqué comme pari - je déconne, c'est un téléfilm)... On regarde cela d'un oeil morne, savourant les énormes ficelles scénaristiques. Quand Lilienfeld tente en plus de faire des "figures de style" - Adjani est toute étourdie, faisons tourner autour d'elle la caméra; Podalydès impose ses conditions au téléphone, filmons-le en ultra contre-plongée... -, on rigole mais cela reste encore regardable jusqu'au quinze dernières minutes où on assiste à un festival de mauvaises idées dans le fond et dans la forme. Le personnage joué par une Adjani au discours réac est en fait d'origine musulmane (ouaaaahhh, quelle finesse : il y a du refoulement dans l'air...), les nappes musicales  qui surgissent tout d'un coup pour faire monter l'émotion, les plans sur les pieds qui courent dans tous les sens pour "symboliser" la panique, le dernier plan pour nous enfoncer le titre dans la tronche avec un maillet... Pouah dur, les coutures craquent terriblement - ça taille, je sais... Morale (?!): po facile le métier de prof, faudrait-il distribuer à tous les profs des tasers pour qu'on les respecte enfin (et des mini tasers aux filles pour qu'on leur parle mieux, pardon, meilleur - et aussi aux garçons po costauds...)? Pas sûr que cela fasse terriblement avancer le schmilblick... Plutôt une affreuse impression de recul...         

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