52622_1_no_pasaran_album_souvenirImbert s'engage avec ce film sur une thématique qui a toujours donné de belles choses au cinéma : celle de "l'image manquante", c'est-à-dire du film qui s'interroge sur sa propre pertinence à travers une description de son échec... Oui, c'est le matin, je m'explique donc : Imbert retrouve une poignée de cartes postales de 1939, montrant des réfugiés espagnols républicains débarquant par centaines de milliers en France (ils fuient le régime franquiste). Fasciné par ces images, qu'il rattache à un passé personnel (ses grands-parents vivaient dans un de ces villages de l'Aude réquisitionnés pour servir de "camp de concentration"), il va devenir obnubilé par la recherche des autres images de la série. On ne sait trop pourquoi dans un premier temps, mais sa quête semble obsessionnelle : retrouver toute la série de cartes. Petit à petit, il découvre d'autres images, qui, mises bout à bout, vont avoir des répercussions sur le présent (Retirada/Sangatte : même combat perdu pour la France).

refugiesBel exercice aussi bien formel que thématique, No Pasaràn, Album souvenir est un film étrange, il est vrai souvent assez chiant, mais qui vous prend dans son charme avec pas mal de talent. La bonne idée, c'est de transformer cette quête personnelle en vraie réflexion sur le cinéma lui-même : le film, d'abord composé d'images fixes qui se succèdent (les fameuses cartes, qu'on contemple longuement), est envahi très progressivement par le mouvement ; il faut que Imbert retrouve ces images fixes pour que l'image s'anime, devienne véritablement "film", jusqu'à nous plonger dans une brusque ellipse dans le présent et la couleur. Avant ça, le film est austère, immobile, seulement troué par des plans abstraits (et pas terribles d'ailleurs) sur la mer, comme une rêverie.

2Mais ce que cet essai un poil naïf tente de mettre à jour, c'est aussi l'échec de la quête : il manquera toujours l'image ultime, celle de ces camps de concentration installés à même la plage, et remplacés aujourd'hui par des campings (ironie de l'homonymie). C'est donc une angoisse éminemment cinématographique que Imbert explore : celle de l'oubli, de l'image qu'on n'a pas réussi à capturer. Belle idée, certes pas nouvelle, certes amenée par Imbert comme un petit malin (sa voix off murmurante est vraiment too much, l'inverse de ce qu'a réussi Des Pallières dans Disneyland mon vieux pays natal), certes pleine d'images redondantes et lourdes, certes parfois un peu forcée (sa dissection de deux images pratiquement identiques mais qui mettent à jour une soi-disante vérité cachée sur le nombres de déportés)... mais qui reste une belle idée (ça, c'est de l'acrobatie). Un film qui fait de l'Histoire une angoisse personnelle, qui part de l'intime pour arriver à l'universel, et qui prend son temps pour nous faire sentir son cheminement intérieur.