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Premier film de Gosha qui constitue une vraie réussite - visuellement mais aussi dans le fond, avec déjà une volonté de placer ses personnages de samouraïs du côté des moins nantis - ces pauv' paysans... "C'est la lutteeee..." oui, bon, on n'en est pas encore à la fin non plus. Shiba, samouraï qui dès la première image patauge dans la boue (po fier, aurait dit ma grand-mère), surprend les petits cris d'une femme émanant d'une cabane. On pense que notre héros un poil déchu va jouer les grands sauveurs de donzelle, d'autant que les trois gars autour de la gonzesse bâillonnée n'ont pas l'air de peser bien lourd. Ces derniers qui voient leur dernière heure arriver s'empressent de s'expliquer : ils ont kidnappé la fille du seigneur local pour que celui-ci écoute enfin leurs doléances. Shiba respecte leur geste (la jeune fille est verte) même s'il ne donne pas bien cher de leur peau. Las - mais aussi, déjà plein d'empathie pour nos trois gars et curieux de voir la suite -, il décide de rester auprès d'eux - pour se reposer dans un premier temps. Rapidement ce dernier va se montrer leur meilleur allié, rejoint au cours du récit par deux autres samouraïs qui se placeront, délibérément, non pas du côté des plus forts mais des plus justes.

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Shiba, après avoir résisté un bon moment, va avoir l'occasion de faire un deal avec un samouraï du camp adverse : en échange de la fille et de 100 coups de bâtons qu'il est prêt à subir (c'est ce qui s'appelle "prendre tout sur son dos"), Shiba demande à son vis-à-vis de laisser tranquilles les trois paysans rebelles. Parole de samouraï qui est donnée mais qui au final ne pèse pas lourd, Shiba étant, après les 100 coups de bâtons, gardé en captivité et les trois paysans étant mis à mort dans la foulée comme des misérables. Saloupiot d'hommes de pouvoir qui ne tiennent jamais leur parole... La vengeance sera terrible, Shiba ayant en plus gagné en route la confiance de la fille du seigneur (le syndrome de Stockholm en plein Japon, pas courant... Bon, disons qu'elle a simplement ouvert les yeux sur la réalité, ce qui est tout à son honneur - son père n'aura pas la même décence). Le charclage final sera dantesque.

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Bien aimé les brusques décadrages de Gosha au moment des combats et de la touche finale, petit effet dont il n'abuse point mais qui marque des points. Beaucoup de combats de "proximité" dans le moulin ou dans l'auberge où Gosha sait toujours magistralement placer sa caméra - un sens évident du mouvement. Les combats en un contre un ou contre mille sont tout autant efficaces, les samouraïs ne tergiversant pas quand il s'agit de trucider leur adversaire qui se jette sur eux (à l'opposé de la bande de ronins en guenilles qui se vendent contre quelques pièces au pouvoir et qui abattent lâchement les paysans après leur avoir couru après comme des lapins). Belle utilisation du scope et de la lumière pour cette première oeuvre de Gosha où les samouraïs font montre de dignité, de solidarité et de grandeur d'âme : un film d'une fort belle tenue, ma foi, pour un coup d'essai.