le_voleur01Ce n'est pas pour être caustique, mais ce voleur-là sent terriblement le camphre. A voir ce bon Belmondo arborer fièrement sa moustache et rester toujours droit comme un piquet, on ne peut s'empêcher de penser aux séries télé de l'époque comme si flottait constamment dans l'air un petit parfum de naphtaline. Qu'est-ce qui a pu vraiment motiver Malle et Belmondo dans ce scénario terriblement linéaire et absolument sans surprise ? Rien de vraiment passionnant dans l'histoire de ce voleur qui a choppé le virus très tôt : "éventrer une armoire" est pour lui, à chaque tentative, "comme une naissance"; le jeu de mot est certes bienvenue pour cet orphelin mais enfin c'est tout de même un peu court sur deux heures... Certes il collectionne quelques conquêtes (un casting féminin bien de l'époque : craquante Geneviève Bujold , effrontée Bernadette Lafont en soubrette, pulpeuse Françoise Fabian, excitée Marlène Jobert qui saute partout et sophistiquée Marie Dubois) mais on ne peut pas dire qu'il y mette non plus beaucoup de passion - une seule véritable "scène de chambre" vite envoyée avec la Marie... Ouais, il vole, c'est ça, sans idéal, sans s'engager dans une quelconque cause sociale ou politique, sans en tirer de gloire, juste un plaisir comme un autre pour passer le temps... Un personnage assez froid qui est loin finalement de provoquer beaucoup de sympathie. Du même coup, le personnage de l'abbé La Margelle, genre de frère Jean en compagnon de ce Robin des Bois fin de siècle, interprété par Julien Guiomar en pleine bourre, est beaucoup plus attachant avec cet humour à froid et ses petites pointes d'ironie mordante (lorsque le vieux grigou d'oncle adoptif de Bébel se meurt, il lâche avec dédain un sarcastique : "La mort n'est pas une excuse" - assez jouissif). La verve également d'un Charles Denner, tout peinturluré (il s'est échappé de Cayenne mais était-ce vraiment la peine de le noircir au cirage ?), en voleur anarchiste truculent nous réveille un peu après avoir passé des plombes à suivre ce plan-plan de Belmondo tout étriqué. A la fin, Belmondo se barre de cette maison qu'il a commencé de cambrioler en début de film doucement, sans un mot et si l'on veut bien admettre qu'il s'agit d'un petit plaisir solitaire qu'il savoure en silence, on se dit aussi que ce n'est pas le héros le plus excitant du cinéma français - dans un film, par ailleurs, qui l'est finalement guère plus...

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