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Il y a au départ une certaine bonne volonté dans cette suite (il devait même s'agir au départ d'une trilogie mais le troisième volet Gittes contre Gittes semble n'avoir jamais la chance de voir le jour) réalisée 16 ans après Chinatown (clique ici) par Nicholson himself. On retrouve le même désir de nous servir une histoire ultra alambiquée avec moult personnages antagonistes (je ne pars pas dans un résumé sinon je vais devenir fou) qui se disputent autour d'un terrain apparemment bourré de pétrole - sans parler des histoires de coucheries... Même si on retrouve le même scénariste que celui du premier opus, Robert Towne, le premier gros problème viendrait justement du scénar lui-même qui apparemment n'était qu'à moitié écrit au premier jour de tournage... Même si le spectateur s'accroche dès le départ comme un malade pour tenter de rassembler tous les fils de l'intrigue et tenter de comprendre quels sont les intérêts cachés de chacun, le dénouement est balancé de telle façon (Ah? tout ça pour ça... blurp) qu'il finit un peu comme deux ronds de flan... De plus, le gros coup du théâtre du bazar, il ne faut pas être très finaud pour s'en douter rapidement : po la peine en effet de sortir de Normale Sup pour faire le lien entre le personnage de Kitty (la femme de Harvey Keitel) et la disparition de Katherine Mulwray (la fille d'Evelyne Mulwray interprétée par Faye Dunaway dans Chinatown) - Kitty/Kathy, voyez pas? Vous voulez un autre indice?... Bref pleins de fils (de pêche) qui s'emmêlent avec au bout du compte un hameçon un peu gros. La grosse morale de l'histoire ne va en plus pas chercher bien loin : 1) Gittes/Nicholson est un type franc du collier (et pourtant comme le souligne la meilleure réplique du film balancée par le détective lui-même : "Dans cette ville, je dois être le lépreux avec le plus de doigts..."): quand il dit un truc, le gars, il le fait, et il prendra soin de la chtite Kitty à n'importe quel prix ; 2) Le passé c'est po facile à oublier... Ouais en effet; d'ailleurs après la vision de The two Jakes, on se souvient surtout de Chinatown...

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Je disais pourtant en intro que le film est loin d'être un ratage total : des acteurs qui exécutent leur petit numéro avec une belle sobriété (de Nicholson à Keitel - c'est dire -, en passant par Richard Farnsworth, Eli Wallach, la chafouine Meg Tilly ou la très hot Madeleine Stowe - Nicholson pris la main dans le sac si je peux me permettre un commentaire un peu limite...)), les images qui baignent dans une couleur très chaude sont joliment soignées, la production ne s'est pas foutue de la gueule de Jake et les décors ont franchement un vrai cachet (les intérieurs comme ces fantastiques séquences en bordure du désert), seulement, seulement, ben il n'y a pas à discutailler, l'ensemble n'a jamais la classe ou le charme immense du premier. On pourrait objecter qu'il est stupide de vouloir absolument comparer les deux opus. Ben pas vraiment, puisque Nicholson affiche clairement sa volonté de reprendre en grande partie les mêmes recettes : une histoire à s'arracher les cheveux au bout de douze minutes, des personnages féminins plus troubles que les eaux de la Seine, une figure de vieux briscard qui cache bien son jeu (Farnsworth n'est, tout de même, pas Huston, moins sombre et ne véhiculant point la même inquiétude), un Gittes qui pédale dans la semoule à mesure que l'enquête progresse et qui s'en prend plein la tronche (les nombreux réveils sur le divan en écho au premier opus) (...) et cette volonté de constamment "tendre vers" - comme pour ne pas perdre "l'esprit de Chinatown" - font peut-être que le film ne décolle jamais vraiment de lui-même. A vouloir trop copier l'original, cette suite perd rapidement de sa saveur et de son réel intérêt. La seule scène un peu osée - Nicholson dans un bar gay vintage - apporte pour le coup un peu d'air frais dans cet univers qui finissait par devenir un peu sclérosé. Bref, beaucoup d'investissement de la part de Nicholson dans ce projet qui, malheureusement, livre au final une belle façade de film qui manque simplement d'âme.

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