district_9_28Petit film efficace, certes, qui vous donne votre dose d'action, mais qui promettait quand même plus sur le papier qu'à l'écran. Dans les premières minutes, on est heureux comme tout : District 9 s'ouvre sur un montage de faux reportages, dans la veine Cloverfield. On découvre que des aliens, 20 ans plus tôt, sont arrivés sur terre, sans qu'on sache leurs intentions. Obligé de gérer cette surpopulation innombrable, on les a parqués dans un ghetto malsain et crade, et on les nourrit à coups de boîtes de bouffe pour chats. Choc de découvrir ces vraies-fausses images, où des citoyens, des scientifiques, des politiques, des philosophes, viennent témoigner de la difficulté d'insertion de ces "crevettes". On a même droit à des représentants de l'ex-minorité black se plaindre de cette intrusion sur leur terre ("ils viendraient d'un autre pays, pourquoi pas ? Mais là, ils sont même pas de cette planète..."). On se dit que District 9 va être un vrai film politique, peut-être pas très novateur, mais qui saura s'appuyer sur un certain réalisme (le faux reportage) pour inventer une autre façon de faire de la SF : une façon contemporaine, qui sera connectée au monde actuel, et qui en profitera pour balancer quelques vérités sur le racisme d'aujourd'hui.

district_9_2009_16219_418801428Mais las : Blomkamp abandonne très vite cette bonne idée pour ne livrer qu'un film d'action de plus. Très vite, on quitte le reportage télé pour revenir à la traditionnelle narration plan-plan, on abandonne l'ambition politique pour faire exploser des hélicos, et on retombe tranquillement dans ce que le cinéma d'entertainment le plus plat nous a toujours fait : un film saturé de bruits et de figurants qui éructent en mourant des "'Culés, j'vais tous vous esplozer la gueeeeeeeeule", bas du front, lourdaud et manichéen. Blomkamp est de toute évidence fasciné par les possibilités de ses logiciels d'effets spéciaux, et joue aux petits soldats tout seul dans son coin, en laissant de côté ses inspirations critiques du début. Il y a bien ça et là quelques retours d'inspiration, le film lorgnant de temps en temps du côté de Cronenberg (la métamorphose d'un homme qui passe doucement dans le camp des monstres, comme dans The Fly), quelques tentatives d'attaque contre les manipulations génétiques ou le manque d'accueil de notre chère planète... mais tout reste au niveau d'une insolence innocente, sans jamais qu'une bonne idée soit menée à terme.

district_9_trailerLe gars sait y faire, rien à dire, surtout que le film n'est visiblement pas très argenté et parvient malgré tout à être relativement impressionnant : des fights tonitruants, des machins qui explosent, et même un petit côté gore à l'ancienne qui n'est pas déplaisant. C'est pas non plus d'une originalité confondante, le gars se contentant comme tout le monde de monter ses scènes d'action à toute vitesse, de les filmer caméra à l'épaule et de pousser les potars de volume à fond. Quant à l'esthétique, c'est toujours la même inspiration futuriste à base de gris métallisé, de décors suintants, de machines de guerre empruntées aux jouets pour enfants et de militaires bardés de fusils impossibles : Ridley Scott, ça fait 30 ans, les amis, il faudrait peut-être arriver à en sortir. Mais bon, on s'amuse bien, il faut le reconnaître, et on a sa dose d'adrénaline. Le vrai problème, c'est que le film est définitivement con, comme 99,99% de cette production américaine à base d'aliens et de guerres des mondes. Comment gâcher une bonne idée en quelques minutes...  (Gols - 19/09/09)

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district9_aff_frDistrict 9, petit buzz de la rentrée cinéma, est très fun et distrayant mais en effet absolument vide et c'est peut-être là qu'on sent le plus la patte de Peter Jackson (j'entends d'ici les "bouh" dans les coulisses). C'est vrai pourtant que c'était assez culotté de situer un film d'aliens en plein apartheid pour montrer à quel point on peut se conduire comme des sauvages avec nos frères humains - et non humains. Au niveau du ghetto, on a notre lot - pauvre petit blanc, avec son papier à faire signer pour une "relocalisation", qui se prend un gros refus violent de ces êtres peu urbains que sont les martiens - mais très rapidement on sent bien que les créateurs de cette oeuvre "fauchée" (hum) sont plus intéressés par la grosse baston que par la finesse anthropologique. Ca charcle donc, peu d'émotion si ce n'est le pauvre héros martien avec ses yeux de merlan frit qui découvre dans le labo son compagnon... complètement cuit, justement (les armes martiennes sont décapantes de toute évidence). On a droit à l'éternelle traque du héros qui se rebelle, une fin super originale, qui lorgne du côté d'E.T., pour les martiens (cette volonté de rentrer chez soi comme si notre Terre était pas la plus cool du système solaire, quand même! - une conclusion bien décevante d'autant qu'au départ les "scientifiques" se moquaient gentiment de Rencontre du Troisième Type - la parodie n'a pas fait long feu) et du côté de... Transformers (!) pour notre humain - je ne comprends pas vraiment cet attrait pour ces robots géants, genre de Robocop mutants peu finauds. L'idée de la mutation soulignée par mon camarade n'est en effet guère exploitée au niveau du fond si ce n'est qu'on peut devenir un gros poisson-chat pas frais et avoir encore un petit coeur - pathétique dernier plan. Neill Blomkamp donc, eh be. (Shang - 05/10/10)