vlcsnap_2009_09_30_21h53m45s176Le titre laisse augurer un film 100% Woody, qui mèlerait Tchekhov, Shakespeare et Bergman ; eh bien c'est ça, mais malheureusement c'est aussi un film du coup un peu privé de fil conducteur, qui nous fait passer agréablement par plein de styles différents sans vraiment parvenir à trouver le sien propre. Tout est charmant pourtant là-dedans, depuis la photo désuette jusqu'aux acteurs, depuis les petits dialogues fins jusqu'à la romantique musique de Mendelssohn. Woody trouble subtilement sa comédie de drame bourgeois, ou peut-être est-ce l'inverse, et réussit à nous entraîner dans sa petite musique nostalgique avec beaucoup de bonheur. On est toujours emballé par sa science du dialogue, sachant aussi bien amener de longues scènes intimes et très mélancoliques et des séquences enlevées pleines de gags. Quant à la mise en scène, elle est très élégante : beaucoup aimé ces deux ou trois plans larges très éloignés des personnages, où on suit des dialogues comme si on était tout près d'eux. Cet effet étrange nous fait ressentir avec précision la somme de minuscules sentiments intimes au milieu de la belle nature, et c'est réussi.

vlcsnap_2009_09_30_21h54m36s173Oui, parce que cette fois (la seule fois de sa carrière, malgré quelques tentatives), Woody filme la campagne. Et le plus drôle est qu'il la filme avec le même nombre de clichés assumés que Manhattan : hilarante petite parenthèse qui ouvre véritablement l'histoire, à un quart du film, sur des animaux totalement fantasmés que Woody monte sur la musique énergique de Mendelssohn : petite biche bondissante, chouette, lapins, c'est un festival d'a-priori champêtres. Mais il faut reconnaître aussi que le gars sait éclairer la nature, toute la fin dans la nuit montrant une forêt magnifiquement lumineuse, presque ensorcelée, pleine de mystères, de fantômes et de satyres courant dans les bois. C'est le décor idéal pour filmer son vaudeville Belle Epoque, où chacun poursuit la chacune du voisin entre les arbres. Woody arrive à toucher à un fantastique enfantin proche du conte, si bien qu'on a presque l'impression, s'il n'y avait de fréquentes récurrences sexuelles dans les situations, d'assister à un film jeune public. Woody campe d'ailleurs un inventeur fantasque avec une candeur touchante, explorant une veine de sentiments qu'on ne lui connaissait pas : ce n'est plus lui le mysanthrope du groupe, et il préfère prendre en charge la partie naïve de la chose, dans laquelle il excelle également.

vlcsnap_2009_09_30_21h54m49s49Mais malgré toutes ces qualités, qui font que A Midsummer Night's Sex Comedy se suit quand même avec beaucoup de plaisir, on reste un peu dans le doute au bout du compte : on ne sait pas trop ce qu'on vient de nous raconter, une comédie de boulevard rafraîchissante ou un drame nostalgique sur la perte des amours. Le cul entre deux chaises, ce tout petit film n'est qu'une parenthèse dans la carrière de Woody, et c'est dommage car il y avait de quoi livrer une chose belle et profonde. On se lasse assez vite du ballet des amants, d'autant que les personnages manquent un peu de relief, sont traités un peu d'un bloc. Mise à part la fondante Mary Steenburgen, dans le rôle complexe de la femme ordinaire en quête d'émotions, les autres se contentent de symboliser les archétypes du genre, homme à femmes, vieux beau, femme fatale ou écervelée craquante. Même Mia Farrow est un chouille en retrait dans ce rôle où on ne lui demande que d'être belle. Oubliable donc, mais presque volontairement puisque manquant clairement d'ambition.

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