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Et un petit film kazakh, pour la route, ah on fait moins les malins maintenant ! Il est vrai qu'au départ, on craint un peu le syndrome "film du monde" avec ce petit côté "Ouah, c'est beau la nature et la pureté" ou le fameux comique de rupture : une steppe avec pas un magasin de DVD alentour - on est chez les éleveurs de moutons qui vivent en yourte, ah -, un type tout foufou qui n'a pas dû aller plus loin que le CE2 qui écoute à fond, sur son tracteur paré de femmes à gros seins, du Boney M (cela fait un joli jeu de mot en français mais il l'ignore) - genre choc des cultures, monde traditionnel/monde moderne, aïe, on n'est pas dans la dentelle -, la petite fille de la famille qui a une voix divine et semble chanter aussi bien qu'une B.O d'un film de Kusturica - genre la perle au milieu du désert... Et puis rapidement tout de même, on se dit qu'on est quand même un peu mauvais esprit. D'abord parce qu'il y a de petites pointes comiques finaudes : notre héros, un jeune gars qui revient de la Marine,  vit avec sa soeur et son beau-frère, un rustre moustachu comme un Auvergnat; il cherche à se marier avec la fille du coin (des yourtes, il n'y en a pas trois mille, trois seulement à la ronde...), raconte aux parents des histoires de pieuvre à se tordre (la fille, la fameuse Tulpan, est cachée derrière une tenture) et... il se fait rembarrer pour avoir de trop grandes oreilles (Tulpan, comme on l'apprend ensuite, voudrait aussi, accessoirement, aller en ville pour étudier, un avenir que le gars semble guère lui promettre)... Sans se démonter, il amène un poster du Prince Charles himself pour prouver que même "les princes américains" ont des oreilles plus grandes... L'échec est total. On se prend alors à penser que la fameuse Tulpan du titre est comme l'Arlésienne (on aperçoit juste un frou-frou de son vêtement) et que l'intérêt est ailleurs.

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Eh ben oui. Alors que notre gars est pris jusqu'alors dans ses rêves d'amour et de réussite, il ne va pas tarder à être rejoint par la réalité : et la réalité mes amis, ce sont les bêtes qui, dans ce film (on pense d'ailleurs, en passant, au craquant L'Histoire du Chameau qui pleure), méritent toutes un Oscar : entre le chameau amoureux fou qui suit sa douce, blessée, sur une centaine de kilomètres alors que le véto l'amène sur son side-car, le bouc consolateur qui vient embrasser gentiment notre héros quand il est au fond du trou et surtout... surtout, l'accouchement en direct live d'un mouton aussi insoutenable que transcendant : c'est le petit coeur de la vie qui bat sous nos yeux, là, et comme les minis tornades qui viennent parfois danser auprès de la yourte, on a l'impression que la nature s'est finalement mise au service de la mise en scène du cinéaste... Et pour en arriver-là, dans une fiction, c'est bien que le Dvortsevoy a un sacré talent (d'ailleurs sa caméra sait se rendre totalement invisible dans les mignonnes séquences familiales en yourte, même le chtit gamin qui passe son temps sur son bout de bois à faire le cheval se comporte avec un naturel confondant). Sa caméra semble attentive au moindre petit mouvement de vie et cela donne généralement des plans très coulés qui nous emportent avec eux. Notre héros va-t-il finir par être charmé par cette vie écrite pour lui ou tenter de s'échapper vers la "modernité" des villes?... On demeure en tout cas pour notre part totalement charmé par ce film rempli d'une belle authenticité - et les films qui "respirent" avec autant de brio ne sont finalement po légion.      

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