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Souci de réalisme très louable chez un Pablo Trapero totalement investi dans son sujet - ainsi que son actrice/productrice (et femme aussi, par ailleurs), l'excellente Martina Gusman - qui nous emmène dans les prisons argentines pour "femmes avec enfants". Ces prisons n'ont en effet rien à envier aux prisons françaises ou à France Telecom (c'était tentant...), et l'on sent dès le départ chez le cinéaste la recherche d'une "authenticité" qui ne soit pas de pacotille (la vision du "making of" nous confortant dans cette impression puisqu'il a réalisé le film au sein même de ces prisons en mêlant acteurs professionnels et figurants du cru - prisonnières et matonnes). Mais la vraie bonne nouvelle derrière cela, c'est qu'il ne se sert point de ce petit côté "docu" pour nous servir un film ultra larmoyant du genre "ah ben quand même alors, elles sont po à l'hôtel les pauv'femmes avec leur gamin", ni manichéen (il est clair que les gardiennes et les prisonnières ne cohabitent point dans un salon de thé : les réflexions de part et d'autre ne sont pas d'une finesse d'un cookie fait maison), ni à thèse - ce qui était sûrement le plus gros danger. Trapero laisse à chacun le soin d'évaluer cette situation pour le moins particulière... La loi permet aux femmes de rester avec leur enfant jusqu'à l'âge de quatre ans... Ensuite c'est forcément la déchirure. Avant, c'est pas Disneyland non plus... Dans le film, l'héroïne donne naissance à son gamin en prison, vit auprès de lui durant les deux premières années puis le confie à sa mère (surprenante Elli Medeiros là où l'on ne l'attendait pas) le temps d'une visite. Seulement, cette dernière décide de garder l'enfant à la casa ce qui plonge notre héroïne dans le désarroi le plus total... Condamnée à 10 ans de prison pour un meurtre qu'elle se rappelle à peine avoir commis, elle ne s'imagine point vivre sans ce qui la rattachait justement jusqu'à maintenant à la vie. Martina Gusman mettant ses tripes dans le rôle, on comprend ô combien cette situation est déchirante. Difficile de ne pas ressentir, en tout bien tout honneur, un minimum d'empathie pour elle, d'autant que le système judiciaire semble sourd à ses appels au secours. Trapero/Gusman voulaient alerter, avec ce film, les autorités sur la situation de ces femmes incarcérées (ce qu'il parvint d'ailleurs à faire, apprend-on, en passant, dans le bonus) et leur film a le mérite de nous plonger sans putasserie dans ce milieu qui ne passionne guère généralement les médias. Courageux, rigoureux et prenant.   

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