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Encore un conseil des Cahiers du Cinéma qui fait mouche, décidément les bougres sont de bons défricheurs de films méconnus. Electra Glide in Blue est l'exact contre-champ de Easy Rider. On y voit même le héros, flic de son état, s'entraîner au tir sur une affiche du film de Hopper. Easy Rider montrait la perte du rêve américain et la génération perdue du côté des hippies et des anti-militaristes ; Guercio dit exactement la même chose, mais en se plaçant dans l'axe opposé, celui des tenants de l'ordre, tout en inscrivant profondément son histoire dans le même décor, dans la même situation : confrontations entre flics et jeunesse à moto sur les routes interminablement droites du fin fond des US, discours sur la fidélité à ses idées et sur la rébellion, et disparition totale de l'American Way of Life sacro-sainte. Qu'il choisisse pour en parler de se mettre du côté des flics, à bien y réfléchir, est autrement plus audacieux de la part de Guercio que s'il était resté du côté des hippies.

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John Wintergreen est donc un petit flic ordinaire, patrouillant le Nevada sur sa moto, onubilé par la justice, et par son rêve de devenir un vrai détective (c'est-à-dire un vrai cow-boy avec Stetson et bottes brillantes). Sa passion pour la justice l'oppose systématiquement aux autres : depuis le collègue en excès de vitesse qu'il verbalise sans scrupule jusqu'au vétéran du Viet-Nam à qui il n'accorde aucune pitié, il exerce son métier "objectivement". Ca c'est bien, ça c'est mal, point. Pas de haine, pas de rancoeur dans son exercice de sa fonction : les jeunes barbus en camionnettes VW colorées, il les traite à hauteur d'homme, mais sans sentiment particulier, sans réflexion. Guercio, dans ce début de film, excelle à montrer cette sorte de cavalier solitaire perdu dans l'immensité des décors, surveillant du haut des collines les rares véhicules qui traversent son espace, intervenant tranquillement et sans hâte. Quand un meurtre a lieu dans son territoire, il entrevoit la possibilité d'atteindre son rêve de détective : il tombera de haut...

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Magnifique petit personnage ordinaire que campe cet acteur parfait (Robert Blake, drôle et touchant), "honnête" homme banal confronté à une vision de l'Amérique qu'il sent dépassée. Que ce soit dans le camp "opposé" (les baboss, auxquels il tourne le dos lors d'un concert rock où son calme tranche avec l'énergie évidente du filmage) ou dans son propre camp (les autres flics sont cons, frustrés sexuellement, crâneurs, ringards de par leurs poses de cow-boys), sa solitude augmente de plus en plus au cours du film, jusqu'à construire de façon inattendue le portrait d'un rebelle... de droite. Sa droiture et son honnêteté trop poussée en font le dernier Mohican d'une Amérique traditionnelle qui disparaît peu à peu sous les coups de la contre-culture, de l'évolution des moeurs. La mise en scène, fascinée par les codes du western (les canyons, les paysages immenses, les personnages déviants et mutiques, les blondasses roucoulantes), épouse complètement ce délitement des choses. Tout en restant splendides visuellement, les cadres mettent leur point d'honneur à isoler Wintergreen du reste du monde, à le renvoyer à sa solitude au sein de cette nature magnifique.

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La comparaison avec Easy Rider est constante, si bien qu'on a souvent l'impression que Electra Glide in Blue est constitué de tous les hors-champs de son modèle "négatif". Même la toute dernière scène (extraordinaire travelling arrière de plusieurs minutes, qui commence en gros plan sur le héros pour s'achever un kilomètre plus loin dans l'immensité du paysage, avant de passer en noir et blanc pour inscrire cette histoire dans une mythologie américaine) est un quasi-copié-collé de celle de Hopper. C'est ainsi que le film évite tout manichéisme, toute dualité entre un monde parfait (celui "policé" de Wintergreen) et un monde déviant (celui des hippies, avec leurs porcs en liberté, leurs barbes cradouilles et leurs camionnettes pourries) : en reprenant les codes du ciné indépendant ricain de gauche, et en les appliquant à un personnage garant de l'ordre établi. C'est franchement magnifique, une sorte de mix entre Monte Hellman et Wim Wenders, entre Bob Rafelson et Clint Eastwood : un grand film oublié. (Gols 20/09/09)

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Même si je fus un peu long à la détente (la chronique de mon compère était restée dans un coin de ma tête... je suis effaré de voir qu'elle date de plus de quatre ans), je sentais que ce film valait son poids en poussière d'Arizona (dommage que Gols raconte la fin... nan je déconne). C'est le cas et je ne vois guère ce que je pourrais ajouter de plus à l'analyse de Gols (à part deux-trois conneries, quand même). L'histoire en effet de deux rêves américains (ceux de deux flics - donc de droite), l'un purement matériel, l'autre plus "spirituel" (Black veut devenir le parfait shérif qui fait régner l'ordre, la justice), de deux rêves à portée de mains, à peine saisis, et de deux cuisantes désillusions... tragiques. Un film noir en quelque sorte sous le soleil d'Arizona. Un petit mot tout d'abord sur Robert Blake, genre de Philippe Manoeuvre ricain, 1m63 au garrot (son speech sur la taille d'Alan Ladd - 1m68, il exagère en fait - est absolument hilarant : le coup du trou qu'il fallait creuser sous les partenaires féminines de l'Alan pour qu'il puisse les embrasser !!!... la fin d'un mythe) : il tente de combler sa petitesse par sa largeur (d'épaules) et ses ambitions, par sa droiture d'esprit, tout en étant pleinement conscience, parfois, d'un certain ridicule de sa personne (lorsqu'il se tente une première sortie en parfaite tenue de détective... sans pantalon). Un ptit mot aussi sur le toujours halluciné Elisha Cook qui nous sort encore une composition dont il a le secret - tout dans les yeux hagards et le speed des paroles. Un ptit mot également sur ces sublimes décors somptueusement mis en valeur (voilà une photo des seventies qui tient encore la route (les effets lors des passages entre couleurs et images grises, délavées sont particulièrement réussis - mais je suis d'accord pour l'essentiel avec les commentaires de nos commentateurs fétiches sur ces pellicules 70's), décors naturels grandioses qui rendent la mission de ces deux flics encore plus dérisoire.  Un ptit mot enfin sur ce final qui cloue sur place (les photogrammes de Gols, en début d'article, rendent parfaitement compte de ce côté "jeux vidéo" avant l'heure - dézinguer du flic deviendra d'ailleurs un jeu... - et de l'aspect marionnette désarticulée, réduite à l'état de pantin empaillée, de ce héros piègé par lui-même : pour une fois qu'il fait preuve de "laxisme", qu'il relâche un gars par pure gentillesse (pour compenser les errements de son ancien collègue sans foi ni loi), il va le payer le prix cher. La morale (il tombe à droite de la route, c'est un signe...) est dure à avaler, faisant mordre le bitume aux spectateurs "baba-cool" - cool sauf si on les emmerde trop... Superbe contre-point à Easy Rider qui brille tout autant par ses chromes et son intelligence.  (Shang 03/03/14)

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