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Shimizu s'attaque au sujet des écoles dites de "redressement", un sujet cher à notre ami Sarko. Bon, il faut tout de même préciser qu'on est en 1941 et au pays du Soleil Levant et qu'il y a forcément, derrière, quelques "positions" qui peuvent agacer - dans une société "collectiviste", il est de bon ton de rentrer dans les rangs, le "marginal" étant forcément vu d'un sale oeil. On débute avec un plan traditionnel chez Shimizu, un travelling arrière, sur le directeur de l'école faisant une petite visite de présentation de son centre à des familles de passage. On y voit nos chers bambins dans les champs à trimer, et vas-y que je plante, que je désherbe, que je prépare la bouffe, que je mets mon futon et le fais sécher parce que j'ai fait pipi dessus, que je couds (le dirlo est tout content d'avoir un costar fabriqué par ces "petites mains" - on s'entraîne pour les ballons de foot et les baskets plus tard... hum) et on se dit qu'Amnesty International grince des dents; si le gamin prend des cours le matin, l'après-midi, c'est pas pour jouer aux billes, les plus réac de l'éducation à la dure applaudissent. Bon le dirlo qui voit bien que je le regarde d'un sale oeil insiste bien tout de même sur le fait que 24h/24 la grille de l'entrée reste ouverte et que chacun est libre de partir, voyez... Ouais, sauf que dès que tu fais une tentative de fugue, il y a toujours un gamin qui traîne pour alerter les autres à grands coups de cris de Tarzan. Pas sympa ce petit esprit de délation. Pire, il faut tous les jours faire son mea culpa en avouant ce que l'on a fait de mal, bienvenue au confessionnal à la nippone... Dit comme cela, on peut grincer des dents, à juste titre. Et pourtant, on sent qu'il y a derrière tout ce système guère reluisant, la volonté de chercher avant tout à "responsabiliser" le gamin qui, sinon, passe son temps à faire des conneries, pour le plaisir; c'est tout l'intérêt d'être gamin, vous allez me dire, mais bon, moi, j'essaie juste de comprendre... Il n'y a d'ailleurs, le bon point, aucun sévice corporel pour atteindre le but recherché, et si jamais un prof fout une tarte à un élève, le prof se flagelle haut et fort et demande le pardon pour douze générations. Parce que le film n'est pas seulement vu du point de vue des enfants mais aussi des adultes (les responsables de chaque mini-centre sont appelés "Mère" - nan, po Big Brother), totalement dévoués à leur tâche matin et soir pour que ces petits diables s'assagissent.  Alors après, c'est sûr que les méthodes pour y parvenir peuvent faire un peu froid dans le dos (délation plus auto-accusation, aïe aïe aïe...), mais il y a, au moins, pas de violence physique, c'est toujours ça...

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On suit donc en particulier 4 ou 5 petits cauchemars nippons qui ne sont pas vraiment "des sauvageons" (aucun pique une mob, par exemple, ou deale du riz en poudre) mais qui sont juste un poil indisciplinés ou irrespectueux, provoquent constamment des bagarres, se tirent du centre ou (oh mon Dieu) mentent... Shimizu filme comme toujours, avec un immense talent, ces gamins qui s'ébattent en plein air et, à défaut d'accepter les thèses éducatives de ce centre, on prend plaisir à suivre la façon dont chaque plan respire. A l'aide parfois d'immenses panoramiques, on suit une course poursuite dans la nature ou, avec un léger travelling latéral "en montée", on suit une des chtites héroïnes qui va faire l'école buissonnière sur le flanc d'une colline. C'est formellement toujours aussi "vivant" et Shimizu n'est pas un manchot pour coller au plus près de ces gamins toujours en mouvement. Toute la fin du film est quant à elle une métaphore évidente de ce vers quoi tend le centre : les gamins vont se voir confier le projet de creuser une tranchée sur des kilomètres pour amener l'eau d'une mare à l'école; le but du jeu étant bien sûr, tout comme l'eau, de parvenir à les canaliser, comprenez... Exaltation de la solidarité, du dévouement, de la joie du travail manuel,... exploitation des enfants.... (sgrrrrik, le disque déraille, certes) qui va faire prendre conscience à nos diablotins de toute leur valeur intrinsèque après cette petite période d'introspection, mouais... A la fin tout le monde est dompté comme un mouton (je te raconte po les ampoules à manier les pioches) et chacun est prêt à se réintégrer gentiment dans la société après avoir fait son mea culpa et balancé un gentil petit proverbe devant illuminer sa voie (moi je les aurais envoyés directement à la guerre, ces petits sauvages, nan je déconne)... A défaut de nous avoir convaincu en tant que "méthode d'éducation", le film demeure tout de même plein de vivacité et d'un grand naturel (toujours la parfaite direction des "acteurs en herbe" de la part de Shimizu) même si c'est, paradoxalement, ce dernier qu'on cherche à combattre à la racine... (Ca, c'est mal, prends une pioche plutôt.)

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