Vraiment tendu jusqu'au bout, le portrait de cet homme, "profiteur" en 42 en achetant, notamment aux Juifs, des oeuvres d'art, qui va peu à peu se faire lui-même "dérober" son identité. Il y a forcément quelque chose de kafkaïen dans cet imbroglio dans lequel notre homme est pris - il est confondu avec un autre Robert Klein d'origine juive - mais ce qu'il y a de plus étonnant c'est à quel point notre homme se prend finalement complètement "au jeu". Choqué dans un premier temps, puis intrigué, il va mener l'enquête à sa façon sans se rendre compte que sa vie se dissout d'elle-même dans cette quête dans laquelle il s'enfonce. Sa volonté de SAVOIR coûte que coûte qui a pu lui faire un tel tour finit par passer avant la propre conscience de son existence. C'est vertigineux et terriblement bien mené.

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Il n'y a pas à dire, Delon n'est jamais aussi bon que lorsqu'il n'a rien à exprimer : masque blafard, regard vide et interrogateur, il est le parfait quidam pour interpréter celui dont la propre identité lui échappe. Voleur dévalisé, il perd petit à petit tout ce qu'il avait accumulé au fil des ans : ses oeuvres, sa maîtresse, son ex-maîtresse, ses amis, son charme (Jeanne Moreau qui le fuit, diable, elle avait pourtant sacrément pris du poids, déjà - je suis dur); mais jusqu'au bout il ne lâche pas prise et alors même qu'il aurait pu sauver douze fois sa peau il va s'enferrer dans son enquête, s'y perdre jusqu'au bout de la nuit. C'est comme si, au final, il s'agissait d'une véritable autodestruction (il se tire sa propre balle - sûrement celle qu'il trouve dans le tiroir de son homonyme - dans le pied), la perte ou plutôt l'emprunt de son nom lui faisant perdre tout repère, l'amenant de plus en plus dans les tréfonds (du sous-sol de la morgue au wagon des Allemands). Bien aimé aussi en passant les nombreux passages en caméra portée, non pas en style reportage, mais avec des mouvements très aériens, très coulés, comme si Delon/Klein avait toujours l'impression d'être observé, d'être suivi, étant lui-même toujours forcé à aller de l'avant, à agir pour retrouver l'usurpateur de son nom. Belle errance en tout cas d'un homme qui perd progressivement tous ses moyens, son âme, ses références à une époque (avec en miroir "ironique" l'humiliation de la séquence d'ouverture où une femme est étudiée comme un cheval pour tenter de découvrir ses origines juives - l'absurdité des critères physiques) où l'irrationnel destructeur a pris le pouvoir.   

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