19015872_w434_h_q80Maïwenn a beau être une poupée super-énervante, nombriliste, une de ces filles hystériques qu'on ne souhaite à personne... elle arrive quand même à pondre des films hyper-personnels. Après Pardonnez-moi, déjà intéressant dans ce côté brut de décoffrage, Le Bal des Actrices continue sur la même veine, un cinéma faussement direct, qui cache soigneusement ses ficelles pour donner l'impression de la vérité, et qui bluffe par ses prises de risque.

En fait, ce film-là a les mêmes défauts et les mêmes qualités que le précédent. Au rang des premiers, une façon gavante de se mettre en avant comme "enfant terrible du cinéma français". Bien que consacré aux actrices, aux autres donc, le film est très nombriliste (ce que lui reprochent d'ailleurs les comédiennes elles-mêmes), très crâneur. Maïwenn se met très au-dessus de son sujet, et je ne sais pas trop si c'est une volonté affichée ou si ça échappe à la donzelle. Elle le dit d'ailleurs : elle est de ces cinéastes qu'on voit dans Les Inrocks ou dans les Cahiers, et elle se doit d'être branchée. Elle prend donc trop souvent des allures de gamine gâtée, y compris dans sa façon d'aborder son sujet. Même si cette fois-ci elle délaisse un peu ses 19017581_w434_h_q80propres névroses, elle prend bien soin de nous rappeler qu'elle est une fille vachement profonde et super-tendance. A son crédit, elle ne se cache pas dans ces poses : ses duos avec Joey Starr sont assez courageux dans l'auto-critique, le gars lui balançant souvent ses quatre vérités sans pincette. Mais, sur la fin surtout, Maïwenn a encore du mal à ne pas tout ramener à elle et à ses petites douleurs de fille moderne. C'est très énervant, et c'est en plus fait avec une espèce de posture de rebelle désolante. En gros, Maïwenn est une tête à claques.

Au rang des qualités, pourtant, beauc19008881_w434_h_q80oup de choses. D'abord le projet lui-même : filmer des comédiennes soi-disant au naturel, dans toutes leurs faiblesses, leurs vanités et leurs doutes. Au départ, on tremble un peu d'assister à un film sur le milieu fait par le milieu. Mais il s'avère, au fur et à mesure, que le film est extrêmement brutal dans ces portraits d'actrices. Franchement, de tendresse il y en a très peu ; c'est plus un règlement de comptes à OK Corral, le défilé de stars se résumant souvent à un catalogue de minables egos surdimensionnés. Bien sûr, tout est faux, les actrices jouent leur propre rôle, et ce n'est jamais un documentaire. mais il n'empêche que dans ces éclairs de vérité qu'arrive à capter la caméra de Maïwenn, il y a un portrait du métier d'actrice bien désabusé. Certaines comédiennes n'arrivent pas à se laisser aller à cette auto-critique décapante : Karine Viard surjoue la mégalomanie, Marina Foïs met trop de distance dans son personnage, Jeanne Balibar est trop follasse pour qu'on la croit réelle. Mais certaines scènes sont extraordinaires de vérité : c'est étonnant, mais c'est sûrement Muriel Robin qui remporte la 19017579_w434_h_q80Palme. Sa scène de répétition avec Jacques Weber au théâtre est d'une violence inouie, quiconque a traîné dans un théâtre ne peut que s'y reconnaître. Dans cette séquence-là, on frôle vraiment le documentaire, on touche vraiment à la sensibilité égotiste et délicate de ce qu'est une actrice.

Idem pour les scènes de cours de théâtre avec Christine Boisson : elles sont d'une brutalité énorme, d'une vérité totale. La comédienne se met réellement en danger, jouant avec son image comme avec le feu, et le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'en ressort pas à son avantage. Quand les actrices du film se lâchent ainsi (c'est le cas aussi de Estelle Lefébure et de Romane Bohringer), c'est très réussi, dérangeant au possible, frontal comme c'est pas permis.

Pour désamorcer la violence latente et étouffante qui imprègne ces scènes, Maïwenn offre des respirations sous la forme de petites chanson19017568_w434_h_q80s chorégraphiées absolument désarmantes de mauvais goût (c'est une qualité, ici) : hommage à Demy ou clip des années 90 (Balibar en cuir-Matrix), chic et toc façon Drucker ou hyper-tendance façon Mathilde Monier, ces décrochages bluffent par leur audace, là aussi. Le "clip" de Rampling, notamment, est à cheval sur l'hommage énamouré à la grande actrice et le portrait sans concession (on voit les rides, et Rampling est figée dans des couleurs grises qui ne sont pas à sa gloire). Le Bal des Actrices contient en son sein sa propre critique : ça le rend certes trop facilement inattaquable, mais ça le rend aussi diablement courageux et sans concession. En plus, c'est souvent drôle. A voir donc, pour ce ton, pour cette originalité, pour ce côté trapèze sans filet, même si on en ressort tendu et agacé.  (Gols 08/03/09)


le_bal_des_actrices_4_gL'ami Gols fait assez bien le tour de la question, les actrices s'amusant, "jouant" de leur image (à part peut-être Romane Bohringer qui ne joue pas son rôle de "plus jeune comédienne has been du cinéma français", elle est, tout simplement) parfois avec un grand charme et une vraie finesse (éternelle Charlotte Rampling), parfois avec des tonnes de "poses" un peu plombantes (Karin Viard, Julie Depardieu, Marina Foïs, que j'aime pourtant généralement). L'actrice qui semble se prêter au mieux à ce petit jeu du documentaire vrai/faux jeu de la vérité, c'est pour moi Joey Starr d'un naturel confondant, brut de pomme, toujours juste et souvent hilarant - le voir beugler de joie lors d'une scène d'anniversaire devant des enfants bouche bée, fallait oser et c'est en plus franchement tordant. Il est comme dans un poisson dans l'eau du début à la fin alors que, dans la "mise en scène" de ces portraits d'actrices, il y a toujours un petit quelque chose de facile, de téléphoné, de factice (de l'artificiel au superficiel...) qui l'emporte sur les émotions qu'elles tentent d'afficher et le côté touchant du déballage de leurs petites névroses... Même si le film gagne, sur la longueur, en légèreté - comme si on acceptait petit à petit ce "dispositif" - on n'est que rarement touché par l'aspect vraiment comique ou la violence de certaines situations (d'accord avec mon collègue avec les séquences citées, la scène Romane-sque étant quant à elle d'un immense pathétisme "malgré lui"). Voilà, l'ensemble demeure certes relativement plaisant (les petits clips sont de véritables micro bulles multicolores et sucrées) mais comme un petit bonbon en bouche qui fonderait très rapidement.  (Shang  13/09/09)