Décidément que des bonnes surprises avec cet auteur japonais que l'on sort - merci les éditions en dvd, hum - peu à peu de l'oubli. Ce coffret sur l'enfance, après le coffret sobrement intitulé Voyage - fait preuve de la même sensibilité et d'un charme évident, les petites pointes mélodramatiques étant toujours rehaussées par un comique bon enfant. Par le biais de l'histoire d'un gamin un peu perturbateur, Shimizu prouve qu'il n'y a pas d'âge pour recevoir une petite leçon de vie. Le père de notre pauvre bambin, accusé par son boss, a quelques ennuis avec la police; notre très jeune homme, qui se prenait pour Tarzan, va devoir peu à peu descendre de sa liane et se rendre compte qu'il est peut-être temps d'arrêter les conneries... Heureusement Shimizu trouve toujours le bon ton et la bonne distance pour que son film ne tourne jamais à la démonstration pompeuse.

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Sampei ne brille pas particulièrement à l'école - contrairement à son grand frère sage comme une image - et  a en plus le diable au corps. Il est celui, qui à l'aide de son cri tarzanesque, réunit tous les bambins du quartier, toujours prêts à le suivre pour aller plonger une tête dans la rivière. Au cours de l'une de ces sorties, Sampei se moque du gamin du voisin qui a oublié sa culotte. Ce gamin généralement choyé (fils d'un des actionnaires de l'usine locale où bosse le père de Sampei) et alors ridiculisé se venge en annonçant à Sampei que le père de celui-ci va perdre son taff et recevoir la visite de la police. Sampei est furieux, frappe le gamin mais cela ne va po changer le destin... Le père est en effet arrêté peu de temps après et Sampei quitte son frère et sa mère pour être élevé ailleurs. Cela ne va pas l'empêcher, tout nostalgique de son petit chez lui, de faire de grosses boulettes : il grimpe tout en haut des arbres, comme son héros favori, pour chercher sa maison du regard, se sert du baquet de la douche comme d'un canoë-kayak, comme si la rivière allait le mener directement à la casa - magnifique "échappée belle" qui finit par une douche écossaise de son tuteur (l'incontournable acteur ozuesque Takeshi Sakamoto) -, sans parler d'une autre escapade nocturne où il finit dans un cirque... Rendu à sa mère, celle-ci tente de lui expliquer - en fondant en larmes... - qu'il serait temps de grandir un peu... Notre gamin tout penaud promet de rentrer dans le rang et, un miracle n'arrivant jamais seul, son grand frère tombe sur une preuve, dans le journal intime du père, pouvant l'innocenter.

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Excellente direction des gamins qui balancent, sérieux comme des papes, leurs répliques, semblent toujours partants pour faire les 400 coups - l'épreuve "olympique" de natation jouée et commentée par les deux frères - et peuvent s'écrouler en deux secondes - le bras devant les yeux et hop c'est parti pour une grosse chouille : ouhhiiiiiiinnnnn. La musique très discrète est toujours là pour souligner le drame qui couve et les petits instants d'émotion de ces pauvres gamins blessés dans leur chair. Shimizu semble aussi à l'aise pour diriger une armada de bambins s'égayant autour de Sampei que pour mettre en scène ce dernier dans des séquences plus intimes - la tristesse du pauvre gamin perché dans son arbre ou un tantinet paniqué lors de la descente de la rivière. Un bel équilibre entre un humour potache et la tension au sein de cette famille dans la panade, bref, en un mot, encore une parfaite réussite digne des films d'Ozu sur l'enfance - sans que la comparaison soit écrasante, tant Shimizu possède son propre regard et univers.