vlcsnap_1043220

Tournage maintes fois interrompu - d'où le ballet de réalisateurs (Josef von Sternberg ne se serait pas aussi bien entendu avec Lamarr qu'avec Dietrich, Borzage n'aurait tourné que quelques scènes - celles dans les lits d'hôpitaux..., hum?) -, apparemment pas la grande entente entre Spencer Tracy et Hedy Lamarr (rah les ptites histoires de tournage...), mais je trouve qu'au final le film demeure tout à fait regardable, voire même assez plaisant. Certes la sublime Hedy change de coiffure à tous les plans (pas facile forcément d'être raccord quand le tournage est étalé sur plus d'un an) et on ne peut pas dire qu'elle soit particulièrement démonstrative avec son nouveau mari - on se demande si un jour, même après s'être mariés, ils finiront par s'embrasser. Mais finalement les deux acteurs tirent, à mon humble avis, assez bien leur épingle du jeu (leur antipathie est loin d'être aussi évidente à l'écran, notamment dans la scène où Lamarr, assise sur les genoux de son époux, caresse gentiment l'épaule du Tracy du bout des doigts), ce qui était d'autant plus difficile avec un tel scénar cousu de fil blanc...

vlcsnap_1044175

Sur un paquebot les ramenant aux Etats-Unis, Tracy sauve Hedy du suicide - un gros chagrin amoureux. Tracy, petit docteur de quartier philanthrope, aimé de tous, conseille à la chère Hedy, qui sort, elle, résolument de la haute, de trouver un petit boulot pour s'occuper l'esprit. Cette dernière ne tarde pas à retrouver la trace de son sauveur ("D'après un proverbe chinois, quand on sauve quelqu'un du suicide, on en devient responsabe" - je comprends mieux maintenant pourquoi le Chinois n'intervient jamais en cas de suicide - je plaisante) et le Tracy, émerveillé par la beauté de cette femme (pareil, je cherche une assistante justement), la prend sous son aile et à son service, dans son dispensaire. Sympathoche scène de comédie, avec de grosses ficelles certes, lorsque bousculé à l'entrée du métro, Tracy fait sa déclaration d'amour à la chtite Hedy. Parvenue à grimper dans le métro, cette dernière lui sourit pour acquiescer à sa demande de mariage - carrément -, pendant que notre Tracy se prend le mur du tunnel dans la tronche, aux anges. C'est ultra facile mais cela fait tout de même son petit effet - comique et émouvant (et un peu plus relevé en tout cas que les scènes avec l'assistant black qui joue les idiots de service, très limite; passons...)

vlcsnap_1045139

Seulement Tracy sent bien que le coeur d'Hedy est encore à moitié sous l'emprise de son ancien Dom Juan à la fine moustache. Hedy a beau s'efforcer de dire à sa meilleure amie (excellente Verree Teasdale dans le rôle de la pipelette caustique, une vraie pile) que c'est fini, fini, fini avec ce Casanova - un homme marié en plus -, la chtite Verree qui a le sens de la formule trouve la réplique qui flingue : "When a woman says "finished" three times, it means she's just starting". Et c'est po faux, le Tracy en faisant les frais, même s'il laisse la belle totalement libre de revoir son ex-amant... Jusqu'au jour - justement celui où Hedy avait rompu définitivement avec son passé, dommage - où Tracy pense avoir perdu la partie et décide de partir en solo... en Chine (c'est une manie, les gars : je vous attends, moi... On dirait seulement que c'est toujours le choix des types complètement désespérés...)

vlcsnap_1046412

Un final à la Capra (enfin sûrement moins réussi et ultra téléphoné, restons honnête, mais plein de solidarité et de chaleur humaine), d'une facilité un peu déconcertante, mais on est pas mécontent que le Spencer Tracy, personnage plein d'idéalisme et d'honnêteté, retrouve son véritable petit "bijou" féminin. Si Tracy est toujours aussi à l'aise dans sa façon de lâcher ses répliques toujours dans le bon tempo, Hedy Lamarr brûle la péloche - on est souvent comme les trois docteurs qui bossent avec Tracy totalement transformés en statue de sel lorsqu'ils fixent du regard cette nouvelle assistante tombée des cieux. Cela ne suffit pas, évidemment, à faire du film un chef-d'oeuvre, loin de là, mais malgré tous les "déraillements" lors de sa fabrication, le film ne reste pas totalement "bloqué en gare", la prestance des deux acteurs y étant pour beaucoup.

à l'aborzage ! clique