bianca_Un vrai plaisir de redécouvrir les premières oeuvres du Nanni, qui, avec ce film, peaufine tranquillement son style et son personnage, et commence à trouver un vrai caractère de cinéaste. La mise en scène reste simple, modeste, mais il y a dans Bianca les prémisses de ce que seront les grands films futurs, et Moretti s'affirme définitivement dans son originalité et son hyper-sensiilité très touchante.

On retrouve Michele, éternel inadapté, inlassable insatisfait, qui cette fois-ci est nommé comme prof de maths à l'école Marylin Monroe, sorte de paradis odieux où le proviseur est toujours mort de rire, les élèves surdoués et les enseignants heureux de vivre. D'ailleurs, tout autour de lui respire le bonheur : couples responsables qui s'aiment et se quittent sans éclats, voisin bedonnant qui se tape des minettes de 20 ans, vie douce et tranquille qui se déroule. Michele regarde, et réagit comme un spectateur qui voudrait être actif : romantique et asocial en même temps, il s'imisce dans l'existence des gens, veut comprendre, modifier les petites failles, intervenir concrètement dans cette vie qui passe sans lui. Très beau portrait d'un homme seul, Bianca est constitué de ces petites touches tristes et drôles à la fois qui dessinent le caractère d'un minuscule personnage perdu, en pleine crise intérieure, qui voudrait avoir droit à sa part de bonheur et la fuit dès qu'il la rencontre. C'est infiniment bianca_1983_04_gmélancolique, et d'une douceur ravageuse ; on est souvent au bord des larmes devant la subtilité de l'écriture de Moretti, qui sait toujours désamorcer le moment où il pourrait devenir grave par des petits gags parfaits qui font apparaître une pudeur profonde.

Visiblement sous influence truffaldienne (des jambes qui défilent à la fenêtre de L'Homme qui aimait les femmes à ce final proche de La Femme d'à Côté, en passant par l'utilisation de la musique), l'écriture du scénario fait la part belle à une douleur douce-amère qui fait vraiment son effet. Même si le gusse ne refuse jamais le gros gag (une tartine de chocolat puisée dans un énorme bocal pour effacer un chagrin d'amour, une scène de sport hilarante, quelques répliques premier degré impeccables), c'est dans la finesse que le message passe : impossible d'être heureux dans ce monde qui l'est sans nous. En insufflant là-dedans des petits bouts de politique, quelques personnages attachants dans leur solitude et leur storico47310800604130511_bigsoif de contact (un commissaire plus enclin à la discussion qu'à l'enquête, une professeure amoureuse de Michele jusque dans ses défauts), des scènes du quotidien très légèrement décalées par la verve de Moretti, le film vous choppe sans qu'on l'ait vu venir et vous laisse tout chose. Avec l'impression d'assister à l'affirmation d'un vrai rebelle au monde (le film aurait pu s'appeler lui aussi Je suis un Autarcique), critique envers lui-même mais clamant haut et fort son indépendance. Un film populaire dans le bon sens du terme, c'est-à-dire préoccupé par les gens, leurs faiblesses, leur beauté, leur vanité, leurs grandeurs ; un film sur l'impossibilité de vivre avec eux, malgré l'amour irrépréssible qu'on leur voue. Moretti est beau.