27 août 2009

Green Snake (Ching Se) (1993) de Hark Tsui

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Green Snake est d'un kitschissime qui ferait passer un film de Beineix pour une pub pour le jambon Herta. On pourrait passer trois heures à faire la liste des effets spéciaux (les différents monstres - le serpent, la cigogne, le dragon.... - ou le bébé en plastique avec des piles Duracell), de l'esthétisme (oh la belle bleue, oh les beaux rouges, oh ma belle cellophane violette...) ou des idées ringardes (et le sorcier de jeter des miniclochettes animées sur le monstre-serpent pour le faire fuir et celui-ci de se mettre en colère parce que cela fait trop de bruit). Bref si vous voulez vous lâcher, franchement, j'aurais dû mal à vous contredire.

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Malgré tout, le plaisir à revoir cette oeuvre du fou furieux Tsui Hark est toujours là. Le couple saphique formé par Maggie Cheung et Joey Wong, leur synergie, leur charme, leur séduction toujours à la limite du too much y sont pour beaucoup.  D'autant que derrière leur dandinement des fesses pour mettre en émoi un prof (bah facile) et un moine aux super-pouvoirs (vachement plus dur, mais jouable), leurs minauderies, leur voix pétillante et leur sensualité de feu - et d'eau -, se dessinent en creux de beaux portraits de femmes-démons qui ne cherchent jamais qu'à devenir plus humaines; derrière cet érotisme parfois à deux balles, c'est elles qui sont le véritable creuset d'émotion : il faut voir cette séquence avec Joey Wong heureuse de pouvoir pleurer pour la première fois avec une Maggie Cheung grimaçante pour essayer de l'imiter, pour comprendre que derrière ces faux-semblants de séduction se dissimulent des personnages émouvants dans ce monde d'hommes monolithiques. Le film conserve un charme désuet très années 70, un esthétisme désuet très années 80 et pour peu qu'on ferme les yeux sur les fils qui font voler les personnages, demeure un des meilleurs films ovni du Tsui - il est bon parfois d'avouer ses faiblesses, faiblesses que je ressens également pour La fiancée aux cheveux blancs de Ronny Yu, réalisé étrangement la même année.

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On retrouve comme un condensé du meilleur et du pire de ces films de genre hongkongais qui, derrière un délire visuel et l'improbabilité de ces décors de studio en carton-pâte, proposent une virtuosité dans la mise en scène et le montage - le plan-séquence, connaît po. Il faut certes garder l'esprit un peu "à la cool" pour apprécier - m'imagine point avec Rivette à mes côtés dans la même salle - mais il y a suffisamment de répliques qui frôlent le n'importe quoi, de comédie - la Maggie surtout ne se prend pas au sérieux et semble prendre un plaisir immense à se laisser aller - pour y trouver son bonheur. Collector.   (Shang - 31/07/07) 

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Mon camarade a bien fait le tour. C'est clair qu'il faut une certaine dose de second degré pour apprécier cette esthétique quand même plus proche du sachet de Haribo fondu que, mettons, des frères Dardenne. On ne sait pas vraiment si on assiste à un infâme navet ou à un objet tellement "asiatique" qu'il ne peut que nous demeurer opaque : autre culture, autre façon de raconter, et du coup peut-être impossibilité de vraiment apprécier. Ce qui en ressort de ce côté-ci du Pacifique ressemble plus à une comédie qu'à un mélodrame, mais allez savoir quelles sont les vraies intentions de Tsui-Hark... Le bougre, lui, a l'air d'y croire, et nous donne il est vrai quelques jolis moments (la scène des larmes mentionnée par mon compère, le final constitué d'un combat dans le ciel très manga), mais aussi pas mal de scènes ridicules. Un peu l'impression de regarder un "film du monde", quand même, intéressant juste parce que dépaysant.

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Ceci dit, Maggie Cheung joue bien le serpent, et la séquence où elle doit troubler le moine pour lui faire perdre sa concentration vaut des points : moi, elle me regarde, je suis déconcentré (le moine résiste bien 2 minutes, c'est à ça qu'on reconnaît les moines, damned taoïstes) ; et puis il y a effectivement cet érotisme larvé entre les deux soeurs qui peut déclencher quelques frissons. A force de couleurs primaires, on est quand même au bout du compte au bord de l'écoeurement. A regarder l'estomac solide.   (Gols - 27/08/09)

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Posté par Shangols à 19:37 - - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur Green Snake (Ching Se) (1993) de Hark Tsui

    Tsui Hark

    Est un artiste au sens large. Il tente, il ose tout, il teste, il risque, il expérimente, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire mais toujours avec sincérité et jusquboutisme. C'est ce qui fait son charme et son talent, c'est aussi ce qui fait qu'on peut détester et que certains de ses films vieillisses mals.

    Posté par HaraKiri, 27 août 2009 à 21:52 | | Répondre
  • Je ne connais pas assez le Tsui pour abonder ou me révolter sur ce que vous dites, ami HaraKiri. Le peu que j'en ai vu, j'avoue, ne m'a pas vraiment convaincu : je le trouve too much, malgré mon goût parfois pour l'excès. Mais c'est vrai qu'il a l'air très sincère et sans concession, deux qualités précieuses.

    Posté par Gols, 28 août 2009 à 09:47 | | Répondre
  • Tsui Hark n'a pas l'habitude de faire dans le simple. Il faut aussi remettre le film dans son contexte historique, à l'époque de l'âge d'or du cinéma de HK qui osait TOUT et tentait TOUT quitte à verser dans le craspec (la cat III) ou le mauvais goût (abondance de filtres). Comparer le film avec une esthétique Dardenne est aussi bien étrange tant les univers ne se ressemblent pas, mais je mets ceci sur le compte de l'humour ou du clin d'oeil! Green Snake, en tout cas, est l'un de mes films préférés : son abondance de sentiments, de couleur, sa générosité permanente quitte à paraître too much (et il l'est) effacent des effets spéciaux douteux. Et la musique de James Wong, une merveille! Un film en général très apprécié des amateurs de cinéma asiatique et fantastique.

    Posté par Xavier, 28 août 2009 à 10:33 | | Répondre
  • je note, je note...

    Oui, Dardenne/Tsui, c'était de l'humour, Xavier, j'ai deviné que leurs conceptions du cinéma étaient assez éloignées. J'entends bien tout ce que vous dites, avec Harakiri, du cinéma de Tsui, je suis conscient qu'il faut le resituer, et je perçois cette touchante sincérité dont vous parlez. J'ai passé un moment agréable avec ce on serpent vert ; mais, question de culture ou non, ça m'est resté comme un objet dépaysant, sans plus. C'est juste que, vu comme ça, sans contexte, simplement, c'est quand même assez indigeste ; quant à la musique, non, pas mon goût par exemple !

    Posté par Gols, 28 août 2009 à 10:57 | | Répondre
  • Tsui Hark

    Tsui hark s'est un peu attaqué à tout, même à Jean Claude Van Damme par deux fois. Les films "d'horreur" entre guillemets car pas si horribles que ça ces deux premiers films que sont "Butterfly murders" et "We're going to eat you". Mais oser, pour un premier film, s'attaquer à une histoire de papillons tueurs, c'est déjà pas mal. Les films d'Héroic Fantasy avec "Zu, les guerriers de la montagne magique" et "la légende de Zu". Les films d'arts martiaux avec la série des "Il était une fois en Chine" ou d'arts martiaux culinaires avec "Le festin Chinois" ou les Wu Xa Pian avec l'extraordinaire "The Blade" ou le film de gangster avec "A better tomorrow 3". Mais aussi les comédies déjantées avec "mad Mission 3", les polars avec "time and tide". Toujours, ou presque, il a osé des trucs de fous, des angles de caméras, des montages particuliers, allant jusqu'à mettre une caméra dans la basket de Van Damme. C'est pas toujours réussit, pas toujours bon, mais au moins il ose.
    Puis, il ne faut pas oublier que sans lui, John Woo n'aurait peut-être jamais été connu car c'est lui qui produisit Les deux premiers opus de "A better tommorow" alias "Le syndicat du crime" qui révèla au monde un réalisateur, John Woo (depuis enterré aux USA) et un acteur, Chow Yun Fat (depuis enterré également aux USA. Sans compter qu'il a également produit "The Killer" et qu'il est réalisateur officieux de bon nombres de films comme la série des "histoires de fantômes chinois", "Gun Men".
    Qui plus est on peu le retrouver dans certains films dans des petits rôles notamment son rôle hilarant de fou qui se prend pour un flic de la CIA ou un truc du genre dans un des épisodes des "Mad Mission".

    L'homme a du talent, c'est évident, il semble aussi un peu trop mégalo, mais en tout cas il essaye toujours de créer et c'est pour ça que j'aime son cinéma (pas tous ses films, mais son cinéma en général)

    Posté par HaraKiri, 28 août 2009 à 23:47 | | Répondre
  • Il ne faut surtout pas oublier non plus L'Enfer des armes (Don't Play With Fire) en 1980, pur film alerte, bis, et contestataire reposant sur un fait divers qui eu lieu à Hong-Kong (l'attentat dans une salle de cinéma repris ici, censuré par les autorités chinoises à la sortie du film), à des années lumières de l'esthétique colorée et de la pureté toute fantastique de Green Snake, admirable de poésie. C'est justement pour cela que les amateurs de cinéma asiatique considèrent Tsui Hark comme un grand, qu'importe les ratés qu'il a eu au cours de sa carrière (The Master, Missing) les faux-pas incompréhnsibles (Legend of Zu, All About Women) ou les purs films de commande. J'adore ses mélos (The Lovers, Green Snake), ses wu xia (The Blade, Seven Swords qui est inégal mais très au-dessus du lot à l'époque), ses kung fu (Il Etait une fois en Chine II) ou encore son diptique musical (Peking Opera Blues, Shanghai Blues) épris d'une putain de liberté de ton! J'ai d'ailleurs hâte de retrouver le Tsui Hark de l'âge d'or, mais je peine à y croire après son désolant Missing et son énorme gachis de All About Women. Et merci pour la réponse, Gols!

    Posté par Xavier, 30 août 2009 à 18:54 | | Répondre
  • Z'êtes énormes

    Mmmm... m'est avis qu'on a affaire à des spécialistes de Tsui, là. Je me couche.

    Posté par Gols, 31 août 2009 à 22:08 | | Répondre
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