19030723_w434_h_q80Saada, ex-rédacteur des Cahiers, nous sert un premier film... de critique, qui doit tout à ses admirations passées, mais qui en prolonge joliment les codes dans une mise en scène mêlant classicisme et modernité. Pas de quoi tomber à la renverse, non, mais Espion(s) est tout de même un solide film parfaitement bien tenu.

Saada a compris que pour qu'un bon film d'espionnage tienne la route, il faut des personnages impeccables. Il se concentre donc sur son couple d'acteurs (Canet et Pailhas), qu'il dirige avec beaucoup de finesse. Canet, dans son éternel rôle de gars qu'on sort du lit, est pour une fois très crédible, challenge d'autant plus réussi que le personnage était casse-gueule : faire croire à la reconversion immédiate d'un petit bagagiste escroc en espion de grande envergure n'était pas simple, et l'acteur s'en sort en usant d'une sobriété de jeu subtile. Il ne fait pas grand-chose, se contentant de se laisser malmener par un scénario qui le trimballe dans tous les coins, et c'est tant mieux. G17179_2023403958Face à lui, Pailhas, dans un rôle délicat elle aussi, fait une nouvelle fois la preuve de sa photogénie évidente, et attaque les passages obligés du genre avec une belle frontalité. Les seconds rôles ne sont pas en reste, surtout Hippolyte Girardot en agent de la DST laconique et insensible (adoré sa façon de balancer ses monosyllabes, je dis ça pour me la pêter un peu).

Avec de tels acteurs, Saada compose une partition romantique et sentimentale du meilleur effet : c'est un remake "light" du Notorious d'Hitchcock, avec la même façon de rendre poreuse la frontière entre thriller d'espionnage et suspense amoureux. Canet doit séduire Pailhas pour la pousser à trahir son mari, mais quand les sentiments s'en mêlent, la trame policière disparaît peu à peu au profit d'une tension sentimentale très bien gérée. Tout le suspense du film vient peu à peu de cette relation entre les deux personnages : quand Canet va-t-il se décider à avouer son H_espions_1amour ? Pailhas ira-t-elle au bout de son amour pour lui, ou restera-t-elle fidèle à son protecteur de mari ? Cette façon d'imprégner un film de genre réputé viril d'une passion amoureuse est joliment amenée, et si le film ne va pas aussi loin que Notorious, il en renouvelle les codes avec élégance (notamment dans le fait que les personnages sont plus "ordinaires" que ceux d'Hitch, ce qui les rend plus humains, plus réalistes).

En usant d'une mise en scène discrète mais raffinée, Saada réussit aussi bien ces moments d'intimité amoureuse que les scènes d'action pure, la plus belle étant une filature dans le métro qui renverse les codes habituels : c'est le terroriste traqué que l'on regarde au premier plan, alors que le héros n'apparaît que flou et en arrière-plan. Joli rythme d'ensemble, bon sens des décors et de l'espace, musique inspirée, quelques plans qui forcent le respect (la première rencontre dans l'ascenseur) : ce premier film est un hommage aux anciens (Hitch donc, mais aussi Welles ou Lumet) qui n'oublie pas au passage d'être relativement personnel. Bon point.  (Gols - 20/02/09)

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19033818_w434_h_q80Film sous forte influence hitchcockienne (mon camarade évoquait Notorious, beaucoup aimé pour ma part les retrouvailles Vertigoesques dans le musée) mêlant étroitement séduction amoureuse "piégeuse" et intrigue policière pleine de tension. Si l'on demeure dans l'ombre du Bouddha, Saada parvient en effet parfaitement à ne pas se faire phagocyter par ses références et livre un film dont l'esthétique (le montage, le cadrage et les personnages notamment) demeure très contemporaine. La grande réussite, dans un premier temps, est de raccourcir au minimum son introduction pour projeter immédiatement son personnage principal, Canet, dans "l'action". Belle idée d'en faire dès le départ un personnage relativement décalé, le nouveau rôle de "source" plus que d'espion qui lui est assigné ne lui montant pas vraiment à la tête - c'est plutôt le champagne et la coke qui remplissent cet office; il préfère également se mater un film de Preminger (The man with the golden Arm où le Frankie baigne dans la poudre) au lieu de bosser à fond son rôle de couverture, celui de responsable d'ONG. On peut d'ailleurs se demander au passage si ce "doué dilettante" n'aurait pas perdu par le passé une bonne partie de sa foi à cause de sniffages intempestifs... Canet, en tout cas, fait preuve, dans son costard ouvert à l'italienne, d'un réel charme naturel et la première fois qu'il croise Géraldine Pailhas dans l'ascenseur on pourrait toucher du doigt la tension - déjà presque sensuelle - qui s'instaure entre les deux. C'est d'ailleurs dans cette propension à alourdir l'atmosphère, à la rendre électrique, que Saada excelle : sans avoir besoin le plus souvent de charger ses dialogues, il sait jouer aussi bien avec sa bande son (la belle scène dans la boîte de nuit avec la soudaine variation de tempo musical) qu'avec son montage, en fixant subrepticement sa caméra sur un regard ou sur un petit geste de nervosité - la première soirée que Canet, avec un partenaire surprise, passe chez Pailhas est magnifiquement tendue (le baiser volé et manqué dans les escaliers, le coup du téléphone...). Le jeu de séduction entre Canet et Pailhas est également parfaitement bien amené : lequel des deux va finir par se prendre le plus au jeu de cette "alliance forcée", lequel des deux est le mieux à même de "contrôler", à la longue, ses sentiments...? La très courte séquence où Pailhas, dans le taxi, serre contre elle le petit tableau que vient de lui offrir Canet est particulièrement touchante dans l'espoir secret qu'elle révèle chez l'héroïne, dans la tendresse gratuite du geste. La malédiction de sa vie sentimentale va-t-elle finir par se résoudre ou son destin tout du moins devenir moins "opaque" ?... Premier film parfaitement maîtrisé, la bonne nouvelle étant que le second est, semble-t-il, en tournage. Enfin si jamais Nicolas Saada voulait faire un petit tour à Shanghai pour se détendre, qu'il n'hésite point... Si, si, j'insiste.  (Shang  - 25/08/09) 

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