famille_chinoise_hautUn petit film chinois que mon comparse n'a pas vu, c'est rare. Et c'est étrange qu'il n'ait pas mis la main dessus, car Une Famille Chinoise est plutôt un joli moment tout en délicatesse, assez étonnant dans sa façon d'aborder un sujet purement casse-gueule. Une petite fille (appelée Eheh, rien que ça, ça m'a fait craquer) est malade : il lui faut une greffe de moelle. Or aucun donneur compatible n'est trouvé. La solution de la mère : faire un nouvel enfant avec son ancien mari, afin de prélever sa moelle et sauver la chtite. Seulement chacun des deux parents a, depuis le divorce, reconstruit un couple, d'où difficultés sentimentales... On imagine ce que ça aurait pu donner en France, et je vous interdis de laisser Philippe Lioret ou Romy Schneider s'approcher du scénario. Xiaoshuai, lui, aborde cette histoire avec d'infinies précautions, dans une volonté bien ancrée d'éviter tout cliché, de ne jamais tomber dans le film concerné, de rester à la bonne distance.

une_famille_chinoise_6Résultat : un film qu'on ne peut qualifier que de pudique, même si le mot est usé jusqu'à l'os. La simplicité dans la narration, dans le montage, dans la mise en scène, force le respect, tant on sent que le bougre marche sur des oeufs. Les scènes sont courtes, avec à chaque fois le choix le plus simple possible pour les filmer : pas d'ellipse, pas de symbolique, pas de complexité psychologique inutile. Juste deux couples aux prises avec un dilemme ardu, qui frôlent le désastre, au bord de la rupture, mais forts et presque "ordinaires". Dans une photo élégante sans ostentation, Xiaoshuai sait parfaitement saisir les petits battements du coeur, construisant notamment un personnage féminin principal très beau, une mère arc-boutée sur son obsession (sauver sa fille) et qui détruit tout autour d'elle sans éclat : il lui suffit d'un regard obstiné, d'une phrase sans appel, pour attirer tout son entourage dans le chaos. Mais tout ça est fait dans le calme, dans le petit, ce qui semble bien être la seule solution pour raconter cette histoire qui sinon aurait frôlé le film à thèse.

une_famille_chinoise_8Et puis Xiaoshui parvient également merveilleusement à faire glisser cette histoire strictement intime dans quelque chose de plus vaste, qu'on pourrait appeler un état des lieux du couple et de la famille dans la Chine d'aujourd'hui. Les plans sur Pékin (immenses immeubles gris, métros silencieux, hôpitaux impersonnels) sont magnifiques, et écartent avec force la mise en scène de la simple histoire personnelle. Très modernes, les personnages (et leurs actes) surprennent dans une Chine souvent réduite par les cinéastes eux-mêmes à un cliché suranné. Le sexe, l'infidélité, le divorce, l'éducation des enfants : on parle et on montre tout ça dans Une Famille Chinoise, simplement mais avec pas mal d'audace finalement. Pour une fois, on ne traite pas du poids des traditions, du qu'en-dira-t-on, de l'industrialisation, etc., bref de tous les "marronniers" habituels du cinéma chinois. C'est juste une histoire universelle, qui pourrait se passer n'importe où, et s'il n'y avait une telle volonté de la part de Xiaoshuai d'ancrer ses plans dans un territoire très marqué, on pourrait oublier que le film est chinois.

une_famille_chinoise_7Bien sûr, tous les écueils ne sont pas forcément évités, et dans la toute fin, le gars tombe un peu dans une pudeur un peu proclamée : il rate notamment la scène la plus attendue, celle du passage à l'acte sexuel des deux héros, assez clicheteuse. Mais à 90%, le pari est réussi : parler du coeur humain sans faire du Sautet... Beau film.