08 août 2009

Change pas de Main de Paul Vecchiali - 1975

vlcsnap_373049Notre ami Patience peut être content : voici Paul Vecchiali qui fait son entrée sur Shangols. Ne connaissant pas celui-ci, j'ai chopé au hasard Change pas de Main. Visiblement en totale liberté (ce qui est plutôt bien), Vecchiali réunit quelques-uns de ses amis pointus (ça va de Guiguet à Biette en passant par Simsolo) et réalise avec deux francs un film de genres. Genres au pluriel, puisqu'on est tour à tour dans le polar veine classique, celui de Chandler disons, et dans le porno, avec force pipes vigoureuses et maintes partouzes emmélées. En digne héritier de la Nouvelle Vague, il n'utilise pour évoquer le grand polar américain que quelques motifs icôniques : le pardessus de Bogart, la pépée à la cuisse légère et cette gueule cassée d'Howard Vernon ; en digne représentant de son époque, il filme frontalement le sexe dans une sorte de libération légèrement déviante.

Dès les premières minutes, j'ai compris ma douleur. Le film ressemble en gros à un téléfilm projeté sur M6 le dimanche pour affoler légèrement le bourgeois vieillissant, mais qui serait filmé par une bande d'intellos se piquant de faire du cinéma. Levlcsnap_422807 résultat est grotesque, très ambitieux sans avoir le talent de ses ambitions, graveleux sous ses aspects de farce, et totalement raté quel que soit l'angle sous lequel on se place. L'intrigue policière est totalement ensevelie sous ces scènes redondantes de sexe, beaucoup trop longues et appuyées ; celes-ci sont laides et ratent leur but (déclencher au moins un peu d'excitation). Ce n'est pas en convoquant le fantôme de Marlène Dietrich ou de Bogart que Vecchiali arrivera à en retrouver l'essence. Je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais pour moi ce film n'est qu'un film de boules ordinaire, avec ce que ça comporte d'indigence artistique. La direction d'acteurs terrifiante, le montage insignifiant, les dialogues ridicules, tout contribue à l'affliction. Il faudra attendre la toute fin pour avoir enfin une ou deux idées, notamment pour filmer la mort des personnages : l'un exhale son dernier souffle avec une cigarette, rendant assez émouvante sa fin ; l'autre tourne en rond dans son fauteuil roulant et est interrompu par une balle qui vient rompre lentement sa ronde, c'est joli. A part ces deux plans fugitifs, je vous conseillerais plutôt d'aller louer Rocco Siffredi's best of 3 : au moins ça ne se prend pas au sérieux, ça s'assume comme c'est, et c'est plus rigolo.

Posté par Shangols à 22:22 - - Commentaires [3] - Permalien [#]



Commentaires sur Change pas de Main de Paul Vecchiali - 1975

    carré blanc sur fond noir

    Une entrée... fracassante, en effet !
    Bon, moi j'adore ce film, car j'aime les objets improbables, et c'en est un, dont se dégage un charme qu'on trouve rarement d'ailleurs.
    Je trouve l'hommage par la bande au cinéma de genre totalement réussi; la femme détective dans son imperméable, le club, les personnages pris dans l'intrigue, tous ces petits clins d'oeil décisifs et incisifs, très bien vus, et revivifiés.
    Je crois qu'il faut surtout arrêter de voir le cinéma comme l'addition de savoir-faire techniques, et en prime ici comparer le film avec un film porno ordinaire est "à côté de la plaque", si je peux me permettre.
    Il s'agit d'une commande de film porno ("les scènes de sexe trop longues" !...) que Vecchiali transforme en film de Vecchiali absolument (acteurs, ton, ambiance,...)
    Qui plus est, moi j'adore le visuel du film, la matérialité de l'image, tellement moins aseptisée que ce qu'on voit aujourd'hui un peu partout. (et je suis pour la réhabilitation pourquoi pas des téléfilms du dimanche!)
    Toute la mélancolie qui se dégage de ce film (Myriam Mézière dans la rue à l'aube..) en fait un souvenir de cinéma unique à mon goût.
    (Si jamais vous souhaitiez continuer l'exploration je ne peux que vous recommander Once More, Femmes femmes, L'étrangleur, Trous de mémoire..)

    Posté par Patience, 10 août 2009 à 10:55 | | Répondre
  • Bogart vs Mézière

    Merci pour ce nouveau commentaire, Patience. Ce qui est bien avec vous, c'est que même quand vous n'êtes pas d'accord, vous le dites avec gentillesse et intelligence, c'est tout à vore honneur.
    - objet improbable : je suis comme vous, j'aime bien les ovnis, d'où ma passion pour Pasolini par exemple. Et c'est vrai que Change pas de main fait partie de ces choses qu'on pensait ne jamais voir.
    - sur "l'addition de savoir-faire techniques", c'est plus discutable. En tant qu'hitchcockien infatigable, j'ai tendance à placer la technique (la mise en scène, la lumière, le montage, et tout ce qui s'en suit) très haut dans ce que j'attends du cinéma. Bien sûr, les grands films ne se limitent pas à ça, il y faut le supplément d'âme. Il n'empêche que souvent, mon émotion (et c'est très personnel) n'est déclenchée que par une impulsion purement technique, un placement de caméra, une coupe particulièrement géniale, une petite indication aux acteurs... Dans le cas de ce film, il m'a semblé, tout simplement, trop mal foutu, trop amateur techniquement, pour m'emballer. Tout y est pauvre, acteurs, réalisation, décors, costumes, musique,... et je ne peux pas me sortir de ça. Quand même, placer un imper sur les épaules d'une actrice, c'est un peu basique pour rendre hommage aux grands polars de Huston ou de Hawks : ces derniers avaient un sens "technique", artisanal, autrement plus profond que Vecchiali.
    - pas vu trace de mélancolie là-dedans : juste des rythmes mal tenus, que chacun peut interpréter à son goût. Pour vous : mélancolie ; pour moi : manque de savoir-faire.
    - oui, l'image n'est pas aseptisée. Mais être différent du goût commun n'est pas être génial. Je reconais l'originalité de la photo et des rythmes, je les trouve juste laids (attention, on tombe dans la subjectivité totale, que j'assume complètement). Et, franchement, je ne vois pas la différence entre ce film et ceux qui passaient à une époque sur M6, genre "Emmanuelle en Malaisie". D'où ma comparaison avec les pornos soft.
    En cherchant des choses sur Vecchiali, j'ai vu que chacun de ses films était très différent des autres. Je n'exclue pas de m'y repencher un jour ou l'autre, donc. En attendant, je reviens à mes techniciens préférés !
    Merci pour vos mots et vos conseils. Longue vie.

    Posté par Gols, 10 août 2009 à 11:37 | | Répondre
  • Once More

    On est entièrement d'accord sur le fait que c'est la matière du film qui fait l'émotion, et bien avant tout le rythme, le montage, la matérialité du film. (Devant le scénario, à mon sens, qui néanmoins à sa place, malgré l'effet pervers de la politique des auteurs qui a eu trop tendance à l'écarter ou le négliger).
    Mais parfois l'impalpable, l'insaisissable de la beauté du cinéma court-circuite tout cela, tout en restant spécifiquement cinématographique, dans son essence même!
    Malgré les maladresses évidentes que vous relevez (assez justement, mais de manière réductrice à mon sens), je trouve que cela se passe ici. Mais cela n'engage que moi !
    (Pour 'preuve' tous ces films parfaits techniquements et pourtant si mauvais, si pleins d'ennuis). à bientôt !

    Posté par Patience, 10 août 2009 à 12:33 | | Répondre
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