vlcsnap_373049Notre ami Patience peut être content : voici Paul Vecchiali qui fait son entrée sur Shangols. Ne connaissant pas celui-ci, j'ai chopé au hasard Change pas de Main. Visiblement en totale liberté (ce qui est plutôt bien), Vecchiali réunit quelques-uns de ses amis pointus (ça va de Guiguet à Biette en passant par Simsolo) et réalise avec deux francs un film de genres. Genres au pluriel, puisqu'on est tour à tour dans le polar veine classique, celui de Chandler disons, et dans le porno, avec force pipes vigoureuses et maintes partouzes emmélées. En digne héritier de la Nouvelle Vague, il n'utilise pour évoquer le grand polar américain que quelques motifs icôniques : le pardessus de Bogart, la pépée à la cuisse légère et cette gueule cassée d'Howard Vernon ; en digne représentant de son époque, il filme frontalement le sexe dans une sorte de libération légèrement déviante.

Dès les premières minutes, j'ai compris ma douleur. Le film ressemble en gros à un téléfilm projeté sur M6 le dimanche pour affoler légèrement le bourgeois vieillissant, mais qui serait filmé par une bande d'intellos se piquant de faire du cinéma. Levlcsnap_422807 résultat est grotesque, très ambitieux sans avoir le talent de ses ambitions, graveleux sous ses aspects de farce, et totalement raté quel que soit l'angle sous lequel on se place. L'intrigue policière est totalement ensevelie sous ces scènes redondantes de sexe, beaucoup trop longues et appuyées ; celes-ci sont laides et ratent leur but (déclencher au moins un peu d'excitation). Ce n'est pas en convoquant le fantôme de Marlène Dietrich ou de Bogart que Vecchiali arrivera à en retrouver l'essence. Je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais pour moi ce film n'est qu'un film de boules ordinaire, avec ce que ça comporte d'indigence artistique. La direction d'acteurs terrifiante, le montage insignifiant, les dialogues ridicules, tout contribue à l'affliction. Il faudra attendre la toute fin pour avoir enfin une ou deux idées, notamment pour filmer la mort des personnages : l'un exhale son dernier souffle avec une cigarette, rendant assez émouvante sa fin ; l'autre tourne en rond dans son fauteuil roulant et est interrompu par une balle qui vient rompre lentement sa ronde, c'est joli. A part ces deux plans fugitifs, je vous conseillerais plutôt d'aller louer Rocco Siffredi's best of 3 : au moins ça ne se prend pas au sérieux, ça s'assume comme c'est, et c'est plus rigolo.