vlcsnap_22495Simplicité et exigence, je dirais. Eustache retrouve le principe de Une Sale Histoire pour répondre à cette commande autour du célèbre tableau infernal de Bosch. On installe donc l'incontournable Jean-Noël Picq dans un fauteuil confortable, avec un p'tit blanc pour aider à la parole, on place face à lui deux ou trois interlocuteurs attentifs, et on laisse le Verbe verber, l'intérêt étant sûrement plus dans l'effet de la parole que dans le contenu même du discours. Le sujet : décrire le plus précisément possible ce tableau foisonnant plein de démons qui s'enculent et de bestiaux de toutes sortes. Une fois de plus, le procédé fonctionne parfaitement ; d'abord grâce à Picq lui-même : son aisance de parole, la sorte d'érudition bourgeoise dont il fait preuve pour parler des motifs les plus crus de Bosch, son élégance de poses, font l'essentiel du film. Comme ses poteaux, on reste accroché à ses lèvres, prenant plus de plaisir au final à l'entendre décrire les scènes qu'à les voir filmées à l'écran. Eustache prouve une nouvelle fois que rapporter un évènement est plus captivant que le voir (principe fondateur d'Une Sale Histoire, et du cinéma tout court, si on l'envisage comme une expérience vécue en différé).

vlcsnap_21345C'est l'évocation qui fonctionne dans Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch, confirmant l'importance qu'Eustache accorde à la parole. Mais, comme dans ses grands films, la parole se fait ici visuelle, picturale. Pour venir en appui des mots de Picq, il vient faire de fréquentes coupes sur le tableau lui-même, mais jamais pris dans son ensemble, plutôt abordé comme une sorte de chaos d'éléments étranges qui viennent presque heurter le calme du discours. Très belle idée d'avoir choisi un des tableaux les plus explosifs qui soient pour le charger d'une telle sérénité. Du coup, Bosch sort de ce cliché de punk du Moyen-Age auquel on le cantonne souvent : il devient un sage joyeux et concentré, élégant et finalement simple d'abord. Ce petit film qui ne paye pas de mine rend au final un hommage vibrant et subtilement intelligent à la peinture dans toute sa force d'évocation.