le_cochon_1On n'attendait pas forcément Eustache dans le film ethnologique, ni dans le documentaire "objectif", mais c'est justement tout à son honneur d'avoir réalisé ce petit film qui contribue, comme tous ceux de ce genre, au devoir de mémoire des gestes ancestraux de nos grands-pères, comme on dit. On assiste à la mort du cochon dans une ferme du fin fond d'on ne sait quelle région, depuis l'insouciance de l'animal dans son enclos jusqu'à la mise en bocaux du pâté. Toujours dit qu'Eustache était un écorché vif, moi. Précision des gestes, simplicité du regard, quelques mots fonctionnels échangés dans un fort accent à peu près incompréhensibles, et ce gros corps porcin débité en tranches de plus en plus petites. Le Cochon est dans la veine de ces essais sur les corps de métier signés Demy (Le Sabotier du Val-de-Loire) ou Cavalier (Portraits) : faussement objectifs, et fascinés par les chorégraphies de ces gestes professionnels qui tombent dans l'oubli. Comme les au14654_1tres, Eustache ne trompe personne, et livre en creux une véritable allégorie de l'enfer à travers cette mort : la fumée envahit peu à peu l'écran, et la fête païenne et macabre se termine au son d'une chanson à boire insouciante qui tranche avec la brutalité de ce qu'on vient de voir pendant une heure. Il y a un hiatus effrayant entre le sérieux insensible des bouchers et quelques éléments "naturalistes" empreints d'motion : un petit chien attiré par le sang, une vieille qui cueille des herbes, quelques plans sur la nature apaisée. Sans la ramener, en faisant mine de réaliser un film patrimonial, le bon Jean nous livre un film simple mais tourmenté. Pas immanquable, mais c'est bon de savoir que ça existe.