voyage_dans_cevennesLe Robert se paie une bourrique et part faire une petite virée dans la brousse cévenole. Si l'âne est un animal relativement têtu que le Robert n'ose frapper qu'en fermant les yeux comme une jeune fille, il s'accommode peu à peu de son compagnon pour aller du Monastier (au sud du Puy-en-Velay) jusqu'à Alès en passant par Langogne en treize jours. Notre écrivain ne fait au final que de rares rencontres - il discutaille notamment avec les moines d'un monastère auprès desquels il passe pour impie -, évoque avec un certain brio la révolte des Camisards, décrit par le menu ces petits chemins pentus et ses autochtones po toujours très amènes et s'émerveille de pouvoir dormir à la belle étoile - sûrement la page la plus inspirée et poétique de tout le récit. Il n'hésite d'ailleurs point au réveil à laisser quelques pièces de monnaie dans la poussière des chemins comme pour saluer la Nature de son accueil - qui est apparemment meilleur que celui de la plupart des auberges... Stevenson est un curieux qui se plaît à se perdre sur ses petits chemins de traverse : "J'avais cherché une aventure durant ma vie entière, une simple aventure sans passion, telle qu'il en arrive tous les jours et à d'héroïques voyageurs et me trouver ainsi, un beau matin, par hasard, à la corne d'un bois du Gévaudan, ignorant du nord comme du sud, aussi étranger à ce qui m'entourait que le premier homme sur la terre, continent perdu - c'était trouver réalisée une part de mes rêves quotidiens". Notre pèlerin écossais parvient également à se faire un devoir de cerner le caractère de ces habitants "exotiques"; il livre ainsi un portrait d'un bloc de l'habitant de ces contrées : "D'apparence, les gens de la campagne n'ont pas beaucoup d'idées, mais telles qu'ils les ont, elles sont hardiment implantées et prospèrent d'une façon florissante par la persécution. Quiconque a vécu, pendant longtemps, dans la sueur des midis laborieux et sous les étoiles de la nuit, un hôte des monts et des forêts, un vieux campagnard honnête, est en fin de compte, en étroite communion avec les forces de l'univers et en amitié féconde avec son Dieu tout proche (...) Sa religion n'est point fondée sur un choix d'arguments, elle est la poésie de l'expérience humaine, la philosophie de l'histoire de sa vie".  Ce petit voyage est assez revigorant et sympathiquement conté par une Stevenson qui cherchera toujours plus loin l'aventure...