Hiroshima_2Dieu sait pourtant que j'ai beaucoup de patience vis-à-vis des films expérimentaux, et que je ne tremble pas devant les oeuvres sybillines que l'on nous donne parfois à voir. Mais là, je dis non : mon camarade shangaien hurle au parisianisme et à l'élitisme devant Weerasetakul, pour moi ça va être devant Hiroshima mon Amour.

Quitte à passer pour un con, je n'ai rien compris à ce boulet (au sens pesant du terme). Comme dirait Oscar Wilde : "j'ai démarré le film à 21h ; trois heures après j'ai regardé ma montre ; il était 21h15". Que dire en effet de cette propension irréfrénée à se laisser phagocyter par son canapé (que j'ai pourtant inconfortable) devant ce symbolisme soporifique, cette solennité ridicule, ces dialogues impossibles. Respects protectedimagequand même pour Resnais qui a réussi à rendre ses acteurs crédibles alors qu'ils ont à prononcer des phrases durassiennenes aussi légères que "Je me souviendrai de toi comme de l'oubli", ou, plus loin : "J'aurais préféré que tu sois morte à Nevers / Moi aussi, et pourtant je ne suis pas morte à Nevers". Les comédiens, et en premier lieu Emmanuelle Riva (jolie, mais elle ne sait absolument pas marcher, je vous jure que c'est vrai), s'en sortent très bien compte tenu du challenge. On les regarde sans se marrer comme une baleine, ce qu'auraient mérité amplement ces formules à la con qui veulent se faire passer pour de la littérature et qui ne sont que des cache-misère. Le style de Duras, je vous le confirme, est une horreur totale. A elle seule, elle pulvérise un film qui aurait pu être une hiroshi1méditation passable sur le temps et la place des "contemporains" face à l'Histoire. Les dialogues sont inécoutables, à cause de cette volonté désespérée de faire sens coûte que coûte, de faire beau coûte que coûte.

Alors d'accord, c'est audacieux, c'est "contemplatif" (euphémisme pour ne pas dire chiant), la mise en scène est parfois inventive (beaux plans en travelling arrière dans un restaurant, belles contre-plongées fugitives sur une Française perdue dans la ville japonaise). Mais quitte à faire hurler tout cinéphile qui se respecte, je préfère le Resnais d'aujourd'hui, qui a définitivement enterré Marguerite et ose enfin la simplicité. Un film pour bobo tendance, au secours ! (Gols 22/09/07)


J'avais trouvé, à l'époque, mon camarade de jeu assez impitoyable avec ce film que je n'avais pas dû revoir depuis... non 50 ans, ça fait trop, cela dépasse mon âge, mais depuis bien longtemps. Voulant également réussir le pari de montrer le film à mes pauvres - et courageux - étudiants chinois de littérature, je me lançais donc dans l'entreprise de commenter la prose de Duras et ensuite de leur passer le film en les attachant préalablement à leur chaise. Ils ont tenu (mes respects même s'ils doivent me maudire pour 28 génération), même si je dois reconnaître que la dernière heure a dû leur paraître un interminable calvaire - moi, plus le film tombait dans des plans fixes sans dialogue, plus cela me faisait marrer, mais je suis un peu pervers dans l'âme. Bon, cela nous a tout de même permis d'évoquer les notions de mémoire vis-à-vis de l'Histoire (ici, depuis Nankin (douze films chaque année pour bien enfoncer le clou), on a un peu l'impression que c'est le calme plat, hum...) remarquablement mêlée ici avec l'histoire intime de cette Emmanuelle Riva, qui a bien appris son texte, et ce Japonais qui aurait besoin de quelques cours en labo mais ne soyons pas dur... Devoir de mémoire (on sent bien qu'on est quand même dans la Guerre Froide, que chacun s'attend à ce qu'une autre bombe nous tombe sur la tronche, et ce n'est point un hasard si on se remémore au passage des images de L'Eclipse d'Antonioni), évocation de son passé hiroshimapersonnel (pour la chtite Emmanuelle) pour ne pas non plus s'y retrouver enfermé, peur de l'oubli de ses propres histoires d'amour, d'autres l'ont déjà dit vachement mieux que moi. Si ces thématiques se retrouvent pratiquement dans toute l'oeuvre de Resnais, je dois reconnaître avec mon camarade qu'Hiroshima (auquel j'ajouterai, quitte à me faire violemment conspuer, L'Année dernière à Marienbad) tombe des yeux. Formellement c'est diablement soigné, aussi magnifiquement découpé que les courts que Resnais a réalisés juste avant, et le cinéaste a tout mon respect avec ce premier long. Mais vous dire que je n'attendrai pas 50 ans pour le revoir, ce serait vous mentir. Désolé pour les inconditionnels mais je suis sûr (ah ben si, soyons optimiste) que Les Herbes folles me fera dix fois plus vibrer. (Shang 04/07/09)