vlcsnap_156715Le titre français joue roublardement avec le chef-d'oeuvre de Hooper, mais malheureusement ce massacre-là est loin de valoir l'autre, et on cherchera en vain la dose de crasse insensée de son prédecesseur dans ce slasher movie vintage. Non pas que The Funhouse soit honteux : on passe même un moment délicieux devant cet exemple de film d'épouvante vieille école, et on constate qu'avec l'arrivée des gros chèques, Hooper n'a rien perdu de son impolitesse. Mais disons qu'on a affaire à un film purement commercial, qui prend soin de plaire sans trop choquer, et qu'on est à 10000 bornes de l'ambiance malsaine à laquelle nous a habitué le gars.

vlcsnap_148065Ceci dit, on retrouve les thématiques chères à son cinéma : retour au sein d'une famille de freaks, constituée en plus grande partie par des violeurs cradingues et viandards, des monstres baveux ou des femmes tordues. Bizarre de constater combien Hooper est fasciné par ces ersatz de familles modèles, sortes de clones déviants de l'american way of life parfaite. La famille normale, celle de l'héroïne, n'est déjà pas très saine (une mère légèrement violente, un père absent), mais Hooper s'attarde très peu sur elle ; il préfère s'attarder sur ces monstres de foire en mal d'affection et de sexe, qui compensent leur solitude par le meurtre, de préférence sanguinolent. On reconnaît assez bien la famille de Leather Face dans ce fiston affreux, qui avance de surcroît masqué comme son grand frère. Bonne idée vlcsnap_111226d'ailleurs d'avoir dissimulé le visage monstrueux sous un masque de la créature de Frankenstein : une monstre qui cache un monstre, on est pas loin de la mise en abîme. D'ailleurs, the Funhouse joue aimablement, dans sa première partie en tout cas, sur les références directes : Boris Karloff, Psycho ou Halloween sont cités textuellement, pour mieux reconnaître modestement l'appartenance à un genre, ou peut-être pour tenter d'en prolonger les recettes.

Hooper fait monter doucement son ambiance malsaine à grands renforts de bruits bizarres, de personnages louches (ma préférence à la mémé prophétique) ou d'étrangeté troublante (dans tous les manèges de la foire, le bateleur est le même, avec de légères variations, et met son point d'honneur à planter son regard vlcsnap_100107dans celui de notre pauvre héroïne). Quand enfin il plonge ses jeunes gens dans l'horreur, on est prêts. Mais là, il pèche un peu : beaucoup trop de hors-champ ou d'ombres qui cachent l'action, et qui ne parviennent pas à créer le trouble. On dirait que Hooper est subitement habité par des pudeurs de jeune fille, ou qu'il croit que son public-cible (les ados) va s'évanouir à la vue du sang. C'est bien dommage, mais ça manque de gore, tout simplement, en tout cas d'audace, de frontalité. Les méchants sont pas mal, notamment le fils monstrueux aux gestes hystériques, mais les gentils sont trop lisses pour qu'on ait vraiment peur avec eux : on attend tranquillement qu'ils se fassent massacrer dans l'ordre décroissant du générique de début, sans vraiment trembler. Pourtant, les ambiances sont bien vlcsnap_69162plantées (le décor idéal d'un train fantôme), et Hooper a souvent de bonnes idées pour faire mourir ses acteurs. Il utilise surtout la machinerie du manège pour illustrer l'inéluctabilité de la mort, lors de deux scènes très joliment rythmées : l'une où la victime, coincée dans un wagon, s'approche vers son bourreau très lentement ; l'autre où le personnage est happé par les engrenages hyper-lents de la machine. C'est parfait. A part ces deux scènes, c'est de l'honnête boulot de série B, un peu frileux mais professionnel.