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Savourant l'effort de l'ami Gols à revoir certaines oeuvres de l'ami Marcel avec un intérêt relativement mou, je décidai de mettre la main à la pâte en me repenchant sur Thérèse Raquin (cela s'appelle faire preuve de solidarité). Le constat est amer, le film ayant la même dynamique qu'une chaise empaillée remisée dans un sous-sol. De la mise en scène plate comme un dessus de lit chez grand-mère (il doit y avoir des croix au sol pour que les acteurs restent plantés et permettent sans trop se prendre la tête les champs/contrechamps; deux options : le plan en pied enchainé malicieusement avec un plan américain ou bien le plan américain enchaîné avec espèglierie avec un gros plan - sorti de là, il n'y a guère de variations, à tel point que quand la caméra se met soudainement à tenter une manoeuvre sur 28 cm, on tremble) au jeu des acteurs terriblement figé (Raf Vallone bâti comme un canapé en cuir de vachette mais aussi expressif que celle-ci, Jacques Duby en petit mecton maître-chanteur aussi charismatique qu'un parasol en terrasse de café, quant à la pauvre Simone Signoret - que j'aime beaucoup, sinon - à laquelle on demande simplement de tirer une tronche de deux pieds de long, elle le tient super bien sur les 100 minutes), dur de ne pas avoir la terrible impression d'assister à une oeuvre cinématographique d'un autre siècle - en voyant ce film (réalisé six ans avant A Bout de Souffle et non soixante), on peut comprendre à quel point les cinéastes de la Nouvelle Vague avaient des fourmis dans les jambes... Seule véritable satisfaction, le superbe noir et blanc joliment contrasté signé Roger Hubert qui fait la part belle à ces noirs profonds comme de l'encre d'un poulpe en colère.

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Récit d'un adultère qui tourne au vinaigre mais qui manque justement diablement de passion. La Thérèse vit donc avec ce triste Camille fragile comme un roseau et couvé comme un oeuf dur par sa mère. La Thérèse croise le regard du canapé Laurent (ah, Raf, tes pectoraux saillants) et les deux d'être comme des statues de sel - Carné filme super bien ces statues de sel, on sent bien d'ailleurs son attirance pour tout ce qui reste fixe. Les scènes de baisers (fi d'une certaine sensualité bien présente dans les pages du gars Zola...) bénéficient du même traitement : on se regarde - on a pas grand-chose à se dire apparemment - et hop c'est le baiser de cinéma en attendant patiemment le fondu qui, heureusement, ne tarde  point à venir.  Un voyage en train, on pense subrepticement à La Bête Humaine mais on ne fait justement qu'y penser. Raf, sur un coup de grisou, de balancer comme un sac de patates le Camille hors du train et c'est le drame... Cela dit, on ne s'attendait pas vraiment à ce que le Raf réfléchisse vu la finesse psychologique dont il avait fait preuve jusqu'ici (il a tout de même l'art, j'avoue, de se cacher derrière une porte ultra incognito : si je penche la tête vers la porte, elle pourra po me voir, malin!). Nos deux amants n'osent plus rien faire - cool, cela évite une autre scène d'action - et attendent patiemment leur heure et la fin du film avec nous. Un petit-maître chanteur, donc, pour la route, histoire de relancer ce couple à nouveau uni dans l'adversité avant que le destin s'acharne - une seconde scène d'action, bravo! (Raf Vallone portant secours à un blessé, une séquence à montrer dans toutes les écoles... de secouristes, pour illustrer ce qu'il ne faut pas faire - comme quoi, il y a toujours quelque chose à garder dans un film). Bref, le Marcel me laisse, avec ce film, terriblement dubitatif alors que je reste persuadé que, moi aussi, dans le temps, il m'a parfois fait rêver. Sûrement po avec Thérèse, cela dit...   

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