LIVRE : Millénium 1 - Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson - 2005
Où qu'on regarde, on ne voit que des louanges sur ce bouquin. C'est dire que les lecteurs de polars ont quand même bien peu d'exigence envers la littérature. Millénium, c'est la déification de l'intrigue à tout prix, au mépris de tout le reste, à savoir tout ce qui fait la beauté d'un livre : le style, le rythme, le ton. Larsson est totalement dénué de talent autre que celui de constructeur de scénar, et c'est bien dommage. On a un peu l'impression, avec ce bouquin, de tomber sur un nouveau Stephan King : même ficelles, même construction, qui vont de pair avec un indéniable savoir-faire dans l'invention d'une intrigue torve à souhait.
Encore que... même de ce côté-là, on est un peu frustrés. Comme son modèle américain, Larsson construit son récit avec beaucoup de facilités : on vous happe dans les 50 premières pages avec un hameçon (ici la disparition d'une fillette dans les années 60), puis on vous laisse sans rien à manger pendant 200 pages. Ensuite, on vous rechoppe pour une avalanche finale pleine de rebondissements. Déjà vu, tout ça. Millénium 1 n'est donc intéressant que de la page 300 à la page 500, quand Larsson attaque enfin le noeud de son sujet, et développe avec un certain talent de conteur une intrigue effectivement prenante. Avant et après, c'est morne plaine : on dirait que l'auteur meuble tout ça avec de fausses histoires inutiles (histoires de cul, viol de l'héroïne qui n'a rien à faire ici, laborieux portraits de personnages secondaires), comme pour mieux montrer qu'il a signé un pavé et que c'est trop classe. D'autant que l'écriture est d'une pauvreté totale, avec ces phrases qui n'en finissent plus de ne rien dire. La plupart des phrases sont terriblement banales, mais Larsson leur adjoint souvent un bizarre rajout final, destiné à donner des informations, mais qui les déséquilibrent totalement (difficile à expliquer). Les rythmes sont affreux, du coup (mais c'est peut-être dû à la traduction, allez savoir).
Quant aux deux personnages, ils sont parfois intéressant, même s'ils ne font que montrer péniblement un aspect un peu rance dans le regard de l'auteur sur eux. Passons sur le héros, journaliste de gauche avide de scandales économiques, plutôt bien tracé ; mais Salander, jeune punkette associale, a droit à tout son lot de clichés sur la femme indépendante et rock'n roll. Même si le livre l'emmène assez loin dans la crasse, et c'est très bien, le personnage reste d'un bloc, assez génant dans le stéréotype. Pour tout dire, Millénium ne mérite qu'une lecture distraite sur une plage et que le nom malaisé de "livre d'été".
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