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"Les hommes, ce sont tous les ennemis des femmes" lance l'une des héroïnes de ce drame très féminin. Bon c'est vrai qu'au niveau des hommes, on peut pas dire qu'on ait droit à leur meilleur profil : ils sont soit proxénètes, soit clients de bordel - les proxénètes ne se gênant guère pour tâter de la "marchandise" (ce sont des porcs, soyons clairs) quand bon leur semble. Ne me sentant pas très en forme pour vous livrer un résumé in extenso (l'histoire d'un proxénète indépendant et ses relations tendues avec sa fille, qui est geisha, et sa maîtresse, qui est prostituée), je préfère autant me concentrer sur quelques morceaux de bravoure qui épicent ce film parfois un poil longuet - mais tout de même attachant. Il y a notamment deux scènes d'anthologie mettant en scène des combats de femmes. Simples instruments pour ces hommes sans scrupules, ces dernières se doivent de combattre comme de véritables fauves en cage pour tenter de se faire respecter dans ce monde de mâles. Il y a ainsi cette compétition qui commence sur une piste de danse, dans un cabaret, entre la fille du proxénète, Momowaka, geisha tirée au cordeau, et la maîtresse du même gazier, Tamako, prostituée délurée; les deux n'appartiennent pas au "même monde" et vont se livrer à un corps à corps jusqu'à l'épuisement dans les toilettes des filles - je me suis toujours demandé ce qu'elles pouvaient bien faire pour y rester si longtemps, c'est au moins un élément de réponse... Les deux femmes se jettent l'une sur l'autre la rage au coeur, tourneboulant sur un sol copieusement arrosé après qu'un robinet a explosé. De cette lutte péripatéticiennicide, il n'y aura pas vraiment de vainqueur, si ce n'est peut-être que Momowaka se sentira ensuite comme "libérée" d'un énorme poids qui lui pesait. C'est un peu finalement comme si, à travers cette femme, elle tentait de régler ses comptes avec son père. Elle en sort exténuée mais fière de s'être enfin rebellée et ce n'est pas si étonnant si, dans la scène suivante, elle connaîtra son premier orgasme - la métaphore de la locomotive laissant s'échapper un nuage de fumée ne prêtant guère à d'autres interprétations...

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Un autre combat survient peu de temps après entre la tenancière de la maison des geishas et la maîtresse de son propre mari, désireuse de prendre sa place; la bagarre a lieu cette fois-ci dans les eaux chaudes d'un spa sous les yeux totalement impuissants du dit mari, peu courageux. Comme le dit elle-même la tenancière s'adressant à son adversaire féminine : "Ma ptite, tu as des couilles" et c'est clair que les deux femmes se the_geisha_3livrent un combat sans merci, comme si leur survie en dépendait. Les mâles, notamment les hommes de main du Yakuzas, ont beau rouler des mécaniques et jouer avec leurs flingues, les seules qui font vraiment preuve de caractère dans ce film, sont bien les femmes. La caméra de Gosha les filme d'ailleurs amoureusement, de nombreux gros plans sur leurs profils fragiles ou sur leurs petites larmes graciles venant ponctuer le récit. Il y a également des moments beaucoup plus légers lors des danses des geishas qui m'ont presque fait penser à un défilé de télétubbies pour adultes : ces poupées kimonoïsées au visage poudré à mort font preuve d'un véritable entrain et de plein de malice comme pour mieux cacher le mal-être de leur condition. Gosha n'est peut-être point Mizoguchi - manque sûrement une véritable grâce dans la mise en scène -, mais il y a en tout cas chez lui le même amour pour ces esclaves du sexe, qui tentent de fleurir loin des bras des hommes qui les fanent - trop long pour un haïku...      

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