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Brillantissime oeuvre du Canadien Maddin qui prouve une nouvelle fois toute la richesse visuelle de son univers poétique et nostalgique. Des images noires et grises "auréolées" d'eau, un montage saccadé comme s'il s'agissait de soudaines réminiscences, de flashs, une narration contée par la divine Isabelle Rossellini entre deux intertitres plus fantaisistes les uns que les autres, le film charme par son ambiance bizarroïde définitivement à part et son intrigue joliment troussée gentiment érotisée.

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Guy Maddin himself est à bord d'un bateau pour retourner 30 ans après dans le phare de son enfance - il a promis à sa mère de le repeindre avant que celle-ci trépasse - gros taff. Une fois sur l'île il se remémore les folles aventures de sa jeunesse mouvementée... Il semble quelque peu vain de vouloir résumer ce récit alambiqué, mais sachez qu'il est question d'amour saphique entre la jeune soeur du Guy et l'intrépide détective Chance/Wendy Hale, d'un père fabriquant un curieux nectar dans son laboratoire, d'une mère obsédée par son rajeunissement, de résurrection, de harpes, d'orphelins, de mouettes... Le film est un bric-à-brac inventif porté de bout en bout par une somptueuse musique et des effets sonores de toute beauté. Découpé en douze chapitres dont chaque titre attise la curiosité, on ne sait jamais quelle surprise nous réserve Maddin; l'imagination débridée du cinéaste permet en tout cas au final d'illustrer avec brio cette enfance quelque peu particulière mais pleine d'émotions troubles; des premiers émois amoureux au comportement affectueux ou complètement starbée de la mère, on a droit à toute une palette de sentiments que dépeignent à la perfection et par petites touches ces images "heurtées". Une bien bonne surprise venant du Canada et qui débarque en France le 24 septembre : n'hésitez point, c'est mon humble avis (si vous préférez aller voir le Barratier, vous serez gentil de ne plus me saluer).   (Shang - 20/08/08) 

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Bien bel objet, je confirme, que ce Brand Upon the Brain, assez barré et définitivement à part de tout ce qu'on peut voir habituellement. Commençons par une ou deux réserves : le film est un peu long, un tel formalisme ayant du mal à passionner sur la longueur ; on est lassé, au bout d'une heure environ, de ces plans montés serrés et de ces méga-exercices de mise en scène, même s'il faut reconaître que Madin arrive à nous surprendre jusqu'au bout dans sa façon de filmer et de monter. Parfois aussi, ça et là, une crânerie assez affirmée : le film fait un peu premier de la classe, alors qu'on reconnaît indéniablement la marque de McLaren dans ces stridences et celle de Lynch dans l'exploration des lieux torves du subconscient. Expérimental, le film l'est, mais il va finalement moins loin que ses prédecesseurs, et reste encore un peu trop emprisonné dans la trame.

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Mais ces deux trois nuances en moins, c'est vraiment bluffant, et Madin se montre talentueux à tous les postes : mise en scène, donc, très personnelle, qui montre un vrai regard et une façon très douloureuse d'aborder chaque séquence ; direction d'acteurs, même s'ils sont parfois un peu perdus dans le flot des images et des cadres tarabiscotés (rien que le casting est une grande réussite, avec ces jeunes filles désuettes et pourtant furieusement modernes, cette vieille mégère directement sortie de nos pires cauchemars, et ces enfants malheureux) ; musique, superbes occurences "philippeglassiennes" qui osent souvent le hiatus avec ce qui est montré ; enfin, scénario, d'une complexité effarante (à chaque chapitre, une nouvelle couche de déviance). Madin s'inscrit délicieusement dans une tradition de littérature enfantine populaire (on pense souvent à Stevenson, mais encore plus à nos bons vieux "Bibliothèque Rose" genre Club des 5 ou Fantômette), mais en tord cruellement les codes pour livrer un essai très glauque sur les souvenirs et les visions enfantines sur les parents. Il y a en plus de jolies apparitions de films d'épouvante grande époque (Frankenstein, les fantômes, la matrone-vampire), et on plonge avec bonheur dans cet univers pourtant relativement affreux. Brand upon the Brain est un cauchemar raconté de l'intérieur, à la première personne : éprouvant et impressionnant.   (Gols - 07/06/09)

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Mad de Maddin : clique