Assez détonnant dans la carrière de Borzage que ce film d'aventures sous influence christique... Bien que Gable se complaise dans ce rôle du sympathique voyou sardonique et macho comme pas deux, il forme un couple relativement convaincant avec la sauvageonne Joan Crawford, femme de petite vertu qui s'accroche au cou de son héros. Chacun de leurs baisers provoque des étincelles sur la péloche, entre deux scènes où ils se tirent la bourre. Même si le scénar déroule un peu et devient de plus en plus prévisible, le film possède un certain charme vintage, grâce notamment aux séquences d'action relativement bien troussées et aux dialogues, sous forte influence biblique, qui tiennent bien la route.

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Clarke Gable, qui a paumé son rasoir pendant une grande partie du film, tente désespérément de s'enfuir de cette prison située sur l'Ile du Diable. Après moult tentatives, il est prêt une nouvelle fois à tenter le tout pour le tout après avoir croisé le regard électrisant de la Joan. Il parvient à la rejoindre dans sa chambrée mais celle-ci ne tarde point à le dénoncer sitôt qu'elle croise des flics. Le Clarke ronge son frein mais la Joan ne sort point indemne de cette aventure car elle est sommée de quitter l'île dans les vingt-quatre heures pour avoir reçu un prisonnier. Une nouvelle opportunité de s'enfuir avec six comparses s'offre au Clarke mais ce dernier est trahi par la grosse brute du groupe. Il parvient tout de même, lors d'un séjour à l'hôpital, à fausser compagnie aux gardiens et commence à tailler sa route dans la jongle. Il croisera au passage la Joan qu'il emportera sous son aile et parviendra à rejoindre les échappés avant de se faire malle sur une bicoque. Parmi eux se trouve un mystérieux personnage, le dénommé Cambreau, qui ne tarde point à imposer son charisme et son côté mystique à ces hommes totalement dépravés; véritable ange gardien du Clarke, ses dons divinatoires et sa sagesse finissent par le faire apparaître comme une évidente figure christique... Alors que nos hommes tombent les uns après les autres comme des mouches (la jungle, déjà, c'est chaud, mais la traversée en bateau sans un pet de zef, c'est l'enfer), il semble les mener chacun sur la voie de la rédemption - diable!

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On a droit à notre lot de péripéties (crocodile, serpent, sable mouvant, flèche indienne : la nature est hostile), à notre zeste de romance (quel rouleur de patins ce Gable), à nos seconds rôles emblématiques (pourriture de Peter Lorre dans le rôle de Pig (ça s'invente pas, bien avant la grippe), en délateur zélé, Ian Hunter, dit le Christ, tout en sobriété empreinte de sagesse, Albert Dekker en brutasse qui révèle son petit coeur qui bat pour... l'un de ses compagnons (hum, hum)) et à notre happy end moral qu'on savoure le sourire aux lèvres après l'avoir prévu pendant deux heures. Le huis-clos sur le bateau instaure une véritable tension dramatique et... érotique (la Joan qui dévore les lèvres du Clarke sous le regard concupiscent des compagnons d'échappés, gloups) et la photo d'une superbe noirceur ajoute sa petite touche de charme. Alors, oui, c'est vrai que ce personnage rédempteur de Ian Hunter, qui apporte au départ une dimension relativement originale au sein de cette aventure humaine, finit par devenir un peu trop prévisible - on enfonce bien le clou, si vous voyez ce que je veux dire... Mais on aurait tout aussi tort de ne pas se laisser embarquer avec une certaine naïveté pour cette traversée (le couple de stars, une évasion impossible, des règlements de compte couillus qui fusent - on est servi, nan?) durant laquelle ces personnages effectuent leur chemin de croix. Une bonne cuvée.         

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