19071324_w434_h_q80Le producteur de ce film a beau prévenir Chris Waitt du danger de son projet, rien n'y fait : A Complete History of My Sexual Failure est l'archétype du film Youtube, cahier des charges absurde, amateurisme affiché, mais total manque de regard ou d'écriture au résultat. C'est bien dommage : sur le papier, le sujet est rigolo comme tout. Largué une nouvelle fois par son amoureuse, Waitt décide d'aller interviewer toutes ses ex pour savoir ce qui ne marche pas chez lui, pourquoi elles l'ont toutes jeté. Jolie tentative d'autoportrait en loser qui reste malheureusement dans le pur gag interventionniste alors qu'il y aurait eu de la place pour une introspection un peu plus dérangeante.

C'est certes assez marrant de voir le gars se faire humilier par ces femmes qui le trouvent con, malpropre, égoïste, mauvais baiseur et sans avenir. On se moque ouvertement du gusse, dans sa volonté de se poser en cible de nos sarcasmes (on pense aux vidéos genre Jackass, qui pratiquent un masochisme difficile à décrypter). Car Waitt n'occulte rien de ce qui fait son côté minable : à moitié impuissant, peu porté sur l'hygiène, complètement 301hhj6"weird" (c'est le mot le plus prononcé par ses ex), il fait penser à un ado retardé légèrement débile, et se vautre avec complaisance dans cette image régressive. A ce titre, la scène où il subit la torture d'une femme SM représente bien l'étrange caractère du personnage et son discours : "je suis nul, riez de moi, j'aime ça". C'est surtout ça qui gène là-dedans : un manque d'honnêteté dans l'auto-analyse, qui pour une fois n'est pas à la gloire de celui qui filme, mais à ses dépends. Construire tout un film sur l'humiliation de son auteur, c'est quand même spécial.

Grosse réserve aussi sur l'honnêteté même de ce qui est montré : on a du mal à déceler si on assiste à un vrai documentaire ou à un gag mis en scène. Certaines séquences font sérieusement douter de la véracité 19071321_w434_h_q80du truc. Dans le montage surtout, on tique sévère : ces champs/contre-champs très appuyés lors des scènes d'interviews sont trop réglées pour être vraiment prises en direct, ce me semble. Ce doute handicape le film, qui perd beaucoup de sa crédibilité. C'est bien dommage, car parfois Waitt arrive à capter des petits bouts de réalité vraiment justes, comme cette ex qui se met à pleurer en repensant à son ancien amour, ou comme cette douleur qu'on sent sincère face à l'impuissance sexuelle. A côté de ces morceaux sincères, on assiste à des tas de moments certes drôles, mais trop énormes pour être honnêtes : la séquence où le gars avale 7 comprimés de Viagra avant de traquer les femmes qui voudront bien calmer son érection (hop, deux mots-clé de plus) est trop préparée dans le but de faire un coup, les séances chez la psy itou. Le film se délite au gré de ces inspirations passagères, et manque grossièrement de cohésion et de vrai projet. Un documentaire, ça se met en scène, et ç s'écrit, aussi bien que les autres : Waitt semble ne pas le savoir, et sert un happening douteux et mal tenu là où on aurait voulu voir le portrait d'un célibataire d'aujourd'hui.