18974166_w434_h_q80Ca devient une habitude : le premier tiers de tous les films de Christophe Honoré est naze, je ne sais pas pourquoi, trop de difficultés à installer ses ambiances, ou tendance génante à toujours situer ses histoires dans le monde intello-lisse des grands quartiers parisiens. En tout cas, La belle Personne ne faillit pas à la règle : dans les premières bobines, on est choqué par ces personnages clicheteux de jeunes gens bien élevés et propres sur eux, dont les seuls soucis sont d'ordre sentimental, d'autant que le travail sur le son est affreux, faisant perdre une bonne moitié des dialogues (curieuse aussi, cette propension à faire passer tous les bruits extérieurs au premier plan, et d'assourdir le son des voix, Honoré n'est pas le seul à pratiquer ce "genre", c'est presque une marque de fabrique du cinéma français). C'est une valse sentimentale entre élèves d'un lycée BCBG, qui sort avec qui, qui convoite qui : ouais mais l'aut' elle a dit que Clément il aimait Junie, mais en fait il a dit ça pour pas que Marie elle sache qu'il veut sortir avec Machin. Bon. On a connu plus palpitant, ou en tout cas mieux senti, chez Pialat, chez Sciamma, chez Téchiné.

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Et puis, comme d'hab, le film finit par imposer sa drôle d'atmosphère, petit à petit. Il a fallu du temps, mais tranquillement, la beauté finit par arriver. D'abord parce que l'adaptation de La Princesse de Clèves est plutôt intelligente : on est entre les grands sentiments précieux du XVIIème et les dialogues d'aujourd'hui, Honoré mettant son point d'honneur à montrer que rien n'a changé dans le petit coeur des adolescents. Il y a quelques apparitions très jolies de phrases directement tirées du livre, et qui passent comme une lettre à la poste dans le décor urbain mis en place. Les éléments de ce type de romans sont bien présents, l'amour mélé à la mort, la cruauté et la manipulation amoureuses, jusque dans les motifs très classiques de la lettre d'amour, du duel, ou du long monologue intérieur. Beaux dialogues donc, et portés (c'est l'autre très grande qualité du film) par des acteurs excellents et excellemment dirigés : la petite bande recrutée par Honoré est très homogène, chacun ayant son mot à dire quand il s'agit de dessiner la "carte du tendre" du XXIème siècle : le cousin homo, l'amoureuse refoulée, la femme à la double vie (magnifique cameo de Clotilde Hesme), l'adolescente fatale malgré elle, le jeune adulte cherchant une autre jeunesse... En tête, Louis Garrel, définitivement un des plus grands acteurs français depuis que Jean-Pierre Léaud a cessé de pleurer Truffaut : toujours étonnant, il déploie un jeu d'une originalité confondante, dont on sent bien qu'il n'est pas dû entièrement à la direction d'Honoré, et il finit par être LA Jeune Icône Romantique d'aujourd'hui tout en usant d'une délicieuse ironie par rapport à son image. Les scènes où il est confronté aux difficultés amoureuses de ses élèves sont proprement géniales, une distance mélée à une implication totale qui explosent à l'écran.

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Cela dit, c'est vrai que La belle Personne ne décolle jamais vraiment, n'atteint que rarement à la poésie immédiate et sophistiquée de Dans Paris ou des Chansons d'amour. C'est pas faute d'essayer pourtant, Honoré nous refaisant le coup de la chanson entonnée en live par les personnages, et multipliant les moments suspendus uniquement dédiés à l'émotion. Mais ces scènes sont devenues des clichés, non seulement dans son cinéma à lui, mais dans le cinéma français en général : une vieille chanson des années 60 sur un visage rêveur de jeune fille, une tenancière de café qui danse sur son passé perdu, un air d'opéra entendu dans sa longueur, des dialogues au coin d'une porte, tout a déjà été vu ailleurs, et l'émotion a du mal à pointer. Mais ça et là, il y a quand même de très belles choses, un montage curieusement rythmé (beaucoup de silences en fin ou en début de scènes, comme si on coupait légèrement trop tard ou trop tôt), un romantisme sourd qui convient bien à la noirceur de l'histoire, quelques digressions hors du temps (l'histoire de Clotilde Hesme, un dialogue entre deux copains à une table de bistrot, une apparition fantômatique de Chiara Mastroianni (je rassure mon collègue, elle n'apparaît que 5 secondes))... C'est joli, même si ça reste dans les moins bons Honoré. (Gols 13/09/08)

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h_4_ill_1095274_belle_personne_bisJe crois décidément que j'ai beaucoup de mal avec les films d'Honoré. Qu'il serve des films parigo-parisiens avec des personnages qui sortent, physiquement, d'une pub pour Calvin Klein mal éclairée, c'est son droit. Mais que ces jeunes gens (les élèves comme les profs qui ont de toute façon deux ans d'écart) passent leur temps à faire des têtes de déterrés comme à Moscou dans les années 40 parce que Léa est sortie avec Tom qui a roulé une pelle à Myrtille qui a séché le cours d'Italien parce que le prof lui fait des yeux doux tout en prenant soin de lourder avant la prof de français et Mirabelle... Mon Dieu, mais que chacun s'achète un miroir et pleure en contemplant son reflet transparent, et qu'on en parle plus... On pense à des Doillon ou des Rivette d'il y a vingt ans sans la même fantaisie ou la même légèreté. Je ne dis point que Garrel, Seydoux ou Leprince-Ringuet ne tirent point leur épingle du jeu, seulement que ce cinéma qui se donne des grands airs de modernité (les jeunes d'aujourd'hui à Paris qui est le centre du monde) est terriblement poussif et daté. J'arrête là parce que les mots vont dépasser ma pensée. Il serait peut-être temps d'annoncer à Honoré que la Terre tourne en dehors de ces murs poussiéreux de lycées BCBG parisiens. (Shang  03/05/09)