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Voilà ce qu'on est en droit d'appeler du vrai cinéma de grand-papa avec papy Gabin en cerveau auquel on peut po la faire, et le jeune flambeur Delon en roi de la boulette. Les seuls moments que j'apprécie vraiment en fait (pour pas être méchant à outrance...) c'est le tout début et la fin. Entre-temps on a juste droit à la bonne vieille préparation du casse, des dialogues peu inspirés d'Audiard, et un braquage poussif et basique. Mais découvrir Gabin, la tronche dans le coltard après cinq ans de placard, en train d'écouter les banlieusards qui racontent leurs petites vacances en camping ou en Grèce, et savoir, rien qu'à son regard, qu'il préfèrerait se tirer une balle plutôt que d'avoir la vie du commun des mortels, c'est assez fendard. On le voit ensuite naviguer à Sarcelles entre les immeubles à la recherche de sa pauvre baraque, éberlué de voir une telle transformation bétonnée du quartier. Le film s'arrêterait là finalement qu'on ne se plaindrait pas vraiment. Bon, il y a donc aussi cette ultime panade au bord de la piscine où notre ami Delon, qui veut toujours jouer au plus malin, tente une ruse de sioux plus foireuse que jamais. Cacher les sacoches au fond de la piscine, voilà une grande idée, et Verneuil étire au maximum cette longue dernière séquence où la musique tonitruante allant s'amplifiant trahit tout le désarroi du pauvre Gabin qui reste coi, le cul sur sa chaise. Sinon, auparavant, on a droit à tous les passages obligés du genre : la femme de Gabin, bonne mémère fidèle qui ne rêve que de se ranger honnêtement, le conducteur (Maurice Biraud) qui se liquéfie à mesure que le grand jour arrive, des petites pépées en bikini qui se dorent la pilule, des danseuses toutes en jambes qui nous infligent leur numéro de cabaret, un casino dans lequel erre le Gabin avec des lunettes fumées ultra incognito, des repérages tout en photos pour bien nous expliquer comment cela va se dérouler au cas où on voudrait essayer nous-mêmes et des bouches d'aération ou des cages d'ascenseurs qui font des kilomètres avant qu'il y ait un poil d'action. Audiard ressort tous les mots de son petit dictionnaire de l'argot facile et lâche certaines phrases pour mériter son salaire : "Une minute ça fait pas toujours soixante secondes, ça peut rapidement se transformer en des années de placard". C'est pépère en diable et l'on est content comme tout que la Nouvelle Vague soit arrivée pilepoil pour faire déborder la piscine. Bon, l'entrée Verneuil, c'est moi, et j'en suis po fier.   (Shang - 02/05/09)

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... tout comme je ne suis pas fier de remettre le nom de Verneuil en tête de gondole de Shangols, mais que voulez-vous, on avait dit qu'on commentait TOUS les films qu'on voyait, y compris ceux qu'on aurait aimé cacher... Alors voilà, oui, je l'avoue, sur un soir de déprime, par une curieuse envie un peu nostalgique de revoir un des classiques de mon enfance, j'ai revu Mélodie en Sous-sol. Et c'est terrible. Je ne peux qu'abonder dans le sens de mon camarade : voilà du cinéma proprement inregardable aujourd'hui, dont on ne peut franchement garder qu'environ 5 minutes sur les interminables 8h30 que dure ce machin inutile et creux. Entre Gabin, qui n'en branle pas une et se contente de son accent à la con, de ses deux-trois bons mots usés jusqu'à l'os, et de sa gueule qu'il tire ostensiblement, et Delon, uniquement plastique et complètement fadasse, notre coeur balance, et j'étais pas loin d'épouser en fin de compte Maurice Biraud, qui au moins fait quelques efforts pour jouer quelque chose.

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Pour nous faire attendre ce fameux casse qui ne va durer finalement que 5 minutes et se dérouler dans une ambiance absolument pépère, Verneuil ne sait pas quoi nous raconter. Les trois quarts de la chose seront donc consacrées à d'infinies disputes entre Delon et une bimbo, à des errances sur la Côte d'Azur rythmées par un thème musical qui devient une scie à force d'être répété à toutes les sauces (Michel Magne a trouvé cinq notes et les fait tourner jusqu'à plus soif), et à de faux coups de théâtre exsangues (Biraud va-t-il laisser tomber ? nan). C'est intermibale, inintéressant au possible, et jamais Verneuil ne parvient à rendre utiles ces séquences étirées jusqu'au bout du bout de l'ennui. On me rétorquera que c'est le rythme de l'époque ; je répondrai que Le Trou de Becker date de 1960 et est génial. On n'est même plus ici dans le cinéma de papa, on est dans celui de papy, où on est persuadé que réunir deux vedettes (paresseuses) et leur faire dire des bons mots (dépassés) suffit à faire du bon film à succès. Ca en dit long sur l'exigence de Verneuil envers son public. Au moins L'Inspecteur Derrick, sur le même rythme, est rigolo.   (Gols - 14/12/12)

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