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Paul Newman passe derrière la caméra et réussit l'essai avec un vrai brio. Sur le fond, on suit une Joanne Woodward, la trentaine bien tassée, qui vit encore chez maman alors que son père, directeur de pompes funèbres, est décédé quelques 14 ans plus tôt. Encore vierge, instit, on ne peut point dire que sa vie soit des plus passionnantes dans ce petit village mort-né. Sur la forme, Newman ne cesse de varier les angles de prises de vue variant plans subjectifs, contre-plongées, travelling latéraux, et j'en passe, le tout avec un montage toujours très fluide et jamais heurté : est-ce pour traduire le manque de repère de la Joanne, son esprit flottant et rêveur ou encore ses pensées qui passent du coq-à-l'âne? Je vous laisse seul juge, le fait est que c'est diablement bien fait et pensé.

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La Joanne semble s'être dès les premières séquences enfermée dans un monde bien à elle. Au réveil, elle commence à dialoguer avec elle-même comme pour se motiver à se lever et sur le chemin qui la mène à l'école, on sent que son imagination a vite tendance à prendre le pas sur la réalité; plusieurs autres séquences au cours du récit traduiront les pensées qui lui passent à l'esprit, qu'elle s'imagine caresser le bras du directeur ou convier un élève à la suivre directement chez elle pour qu'il échappe aux remontrances du directeur. Si la Joanne se plie aux quatre volontés de sa mère avec un certain fatalisme, son problème majeur semble surtout un terrible manque d'affection pour ne pas dire de contact physique : elle ressasse notamment une scène de son enfance lorsqu'elle passait les bras autour du cou de son père, pète presque un câble à l'église -un mélange d'extase et de douleur enfouie qui remonte -  lorsque tous les convives se prennent par la main - et ne refuse point, le soir venu, de se masturber pour trouver le sommeil. Si sa seule échappatoire à cette vie morne semble être sa collègue de travail pleine de petites attentions pour elle, elle ne tarde point à déchanter lorsque celle-ci l'embrasse goulûment sur la bouche. La Jane est à deux doigts de toucher le fond... Heureusement, elle rencontre par hasard une connaissance d'enfance qui ne tarde point à l'inviter au cinoche. Le type n'a pas besoin de beaucoup insister pour qu'elle se retrouve illico dans son lit... La Joanne est tout à la joie de cette découverte du plaisir physique mais se fait vite rembarrer quand elle devient un poil envahissante avec notre gars (lui dire qu'elle veut se marier et avoir des enfants avec lui dès le second soir, c'était po forcément une super idée)... Lourdée rapidos, elle s'imagine être enceinte mais là encore, elle confond un peu trop vite ses envies avec la réalité. Ceci va tout de même provoquer un petit déclic pour lui donner envie de changer d'air...

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La caméra du Paul colle aux basques de cette Joanne fantasque et frustrée. Grâce à ses multiples petites trouvailles de découpage et l'utilisation minutieuse de la voix-off, on pénètre peu à peu dans l'esprit de son héroïne et cela permet de lui donner une réelle densité. S'il ne se passe po vraiment d'événements extraordinaires dans ce petit village, le montage et la photo très lumineuse dopent littéralement le mince fil narratif; le Paul cinéaste fait ainsi montre de beaucoup d'ingéniosité, d'instinct et d'intelligence pour sa première oeuvre. Bref, un bon "petit" premier film à (re)découvrir.      

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